Courrier des lecteurs
A Lavaux, les vendanges désenchantées …
Alain Chollet, Lutry | En parcourant récemment le vignoble entre Villette et Epesses, je n’ai pu empêcher une étrange mélancolie de m’envahir; je n’en ai pas compris immédiatement la raison. Une fin d’été chaude et une légère brise achèvent la maturation des grappes de chasselas abondamment gorgées de soleil, un cadre idyllique où ciel et montagnes inspireraient n’importe quel artiste assoiffé de jeux de lumières… Tout semble parfait pour la récolte en cours et pourtant je ressens comme une absence, un vide. Depuis 10 jours la cueillette d’un raisin d’une qualité exceptionnelle régale les lames des sécateurs et les vendangeurs profitent de journées de labeur chaudes et ensoleillées. Alors que se passe-t-il? Pourquoi ce sentiment morose qui m’habite?
Me reviennent alors les images d’avant. Des souvenirs si proches et pourtant déjà si lointains. Un vignoble en effervescence où l’on entendait les chants des vendangeuses, les halètements des brantards. Leurs cris et leurs rires nourrissaient l’âme de ce coteau suspendu entre terre et ciel. Aujourd’hui, on en perçoit cruellement l’absence. Les nouvelles ne sont pas bonnes et les craintes des vignerons se concrétisent chaque jour davantage plongeant le vignoble dans un assourdissant silence. Dans les grands chambardements sociétaux qui nous submergent chaque jour un peu plus, les familles vigneronnes payent un lourd, un trop lourd tribut…
Héritiers d’un joyau séculaire devenu colosse aux pieds d’argile, de nombreux vignerons de Lavaux ne sont plus en mesure de faire face à la brutalité d’une situation économique viticole calamiteuse, d’investir pour les générations suivantes ou de simplement survivre.
Alors oui, pour l’instant et malgré le millésime de rêve qui se dessine, le poids du désenchantement pèse davantage que l’espoir dans le cœur des nombreux acteurs qui façonnent avec tant d’abnégation et d’amour ce vignoble d’exception.


