Courrier des lecteurs
Initiative 12 % : quel Etat voulons-nous ?
Gérald Balimann, Puidoux | Le 27 septembre, les Vaudoises et les Vaudois ne voteront pas seulement sur une baisse de leurs impôts. Ils auront une occasion rare d’adresser un message au monde politique : la croissance perpétuelle des recettes de l’Etat n’est ni possible ni souhaitable. Celle des dépenses non plus.
En 2025, les charges de l’Etat de Vaud ont encore augmenté de 4,2 %, soit 514 millions de francs supplémentaires en une seule année, alors que la population ne progressait que de 1 %. Malgré une hausse des revenus de 6,1 %, les comptes sont restés déficitaires.
Notre canton connaît parallèlement une intégration toujours plus forte avec la France en raison d’un afflux de travailleurs nécessaires au bon fonctionnement de notre économie. Cette main-d’œuvre, souvent hautement qualifiée constitue une richesse.
Mais les échanges de personnes sont aussi des échanges de cultures et de conceptions du rôle de l’Etat. A cet égard, l’évolution de notre grand voisin – où les dépenses publiques représentent 57,3 % du PIB et la dette 115,7 % – devrait au moins nous inviter à réfléchir aux limites de l’Etat-providence.
Un regard de l’autre côté de la Sarine est également instructif. Fin 2025, la Caisse de pensions de l’Etat de Vaud affichait un degré de couverture de 75,9 %, contre 113,6 % pour la BVK zurichoise. Le contraste est encore plus marqué entre les caisses des villes de Lausanne et de Zurich : 80,5 % contre 123,6 %.
Certes, ces institutions n’ont ni la même histoire, ni exactement les mêmes paramètres actuariels et les caisses vaudoises respectent actuellement leur chemin légal de recapitalisation. Mais la comparaison ne s’arrête pas aux degrés de couverture. Vaud a conservé pour sa caisse un système en primauté des prestations, alors que la BVK fonctionne en primauté des cotisations. En matière salariale également, la progression vaudoise repose largement sur des échelons annuels, tandis qu’à Zurich les augmentations individuelles sont davantage liées à l’évaluation et à une enveloppe tenant compte des finances cantonales.
Même pays, même cadre fédéral et environnement économique largement comparable, mais des choix différents dans la manière de gérer aujourd’hui et de financer les engagements de demain. Ces écarts ne devraient-ils pas, eux aussi, nous interroger sur notre culture de gestion publique ?
Voter oui à l’initiative 12 %, c’est donc aussi rappeler un principe simple : toute recette fiscale supplémentaire n’a pas vocation à engendrer une nouvelle dépense. Gouverner, c’est fixer des priorités, rechercher l’efficacité et savoir parfois renoncer.
Au-delà des francs que chacun pourrait retrouver dans son portefeuille, l’enjeu est plus fondamental : voulons-nous poursuivre sans limite la croissance de l’Etat, ou rappeler qu’il appartient aussi aux citoyens d’en fixer les limites ? C’est pour ces raisons que pour ma part je voterai OUI le 27 septembre.


