Cinéma – « Baghdad Central » – Zone verte, pas si verte

« Baghdad Central » de Stephen Butchard, une mini-série en 6 épisodes sur Arte

Colette Ramsauer | Pour rappel, le réalisateur et scéna-riste britannique Stephen Butchard sortait, en 2017, la série The House of Saddam dans laquelle il relatait la vie du président irakien Saddam Hussein et de son entourage. Toujours à Baghdad, alors que débarquaient les troupes de coalition, il met en scène le parcours dantesque d’un père pour sauver ses deux filles. « Baghdad Central » c’est aussi en trame l’histoire d’une population meurtrie par le régime de l’ancien dictateur.

Explosion de la corruption

Ayant vécu jeune homme la guerre du Golfe in situ, l’acteur Waleed Zuaiter (Homeland, the Spy) n’a pas eu de peine à incarner Mushin flic brisé qui en 2003, comme tous le Irakiens, croyait à la libération du pays lorsque débarquèrent les troupes armées. Désillusion : pour la population à bout de souffle débutait l’ère d’un énorme gâchis. Forces américaines et anglaises sur place ne parvenaient pas à s’entendre. Certains gradés opportunistes ne pensaient qu’à s’enrichir. « Baghdad Central » démontre l’enjeu financier de l’invasion. Les dollars amenés par les Américains ont fait exploser la corruption, dont le proxénétisme au sein même de la « zone verte » hautement sécurisée. Et si l’on s’en prenait à l’un des leurs, les représailles étaient sans limites. Dans ce contexte, naissaient des groupuscules de djihadistes, pour la plupart des jeunes gens décidés à venger l’honneur de leur famille.

La poésie malgré tout

La série prend l’allure d’un thriller au moment de la disparition de Zahra, fille de Mushin. Désespéré, il se bat pour la retrouver, pris au piège de la coalition qui lui permet de survivre et de faire hospitaliser Mrouj (July Namir) son autre fille atteinte d’une maladie grave. Il est prêt à tout pour les sauver et préparer leur exil en Jordanie. Zahra et Mrouj sont ce qu’il lui reste de sa famille, le régime de Saddam Hussein ayant tué son fils et laisser mourir sa femme malade, interdite d’accès aux soins : punitions expéditives, agissements sordides du dictateur envers ses propres agents de sécurité lorsqu’ils n’obéissaient pas à ses ordres. Les scènes de prises d’otages et d’interrogatoires musclés du premier épisode ne sont pas une constante de la série heureusement. La poésie prend place dans les dialogues entre Mushin et sa fille malade ou avec son chauffeur de taxi. Et d’épisodiques flashback vers une famille heureuse sont autant de bouffées d’oxygène dans cet environnement violent et chaotique. « Ce pays est le berceau notre civilisation » se répète Muhsin pour se donner du courage.

Tourné au Maroc

En lice à Séries Mania 2019, « Baghdad Central » a été tourné au Maroc. Sous la même latitude que l’Irak, elle a trouvé un décor idéal. Par souci de reconstitution fidèle, des détails ont dû être modifiés comme les façades des maisons, par un filtrage de couleur, ou par exemple tout simplement les services à thé. Dans le nombre impressionnant des séries en streaming, « Baghdad Central » est en bonne position sur la plate-forme Arte depuis le 15 avril 2021.

« Baghdad Central » de Stephen ButchardMini-série en 6 épisodes, disponible en intégrale sur arte.tv

Moment d’échange entre Mushin et sa fille Mrouj