Cinéma – « Laurence Deonna Libre ! » de Nasser Bakhti

Charlyne Genoud | « Laurence Deonna est libre (!) » comme l’indique le titre de son très beau portrait réalisé par Nasser Bakhi, dès mercredi au cinéma d’Oron. Les enjeux de cette liberté y sont brillamment restitués, en son et en image, par le réalisateur franco-algérien.

Le fond de ma valise

C’est le portrait d’une drôle de dame. Née à Genève en 1937, dans un milieu que le calvinisme enserre, elle se la joue rebelle, se marie sur un coup de tête après un gros coup au cœur. Du haut de ses huitante-cinq ans, elle regarde un peu en arrière : « Je n’entends pas vous imposer mes mémoires, je vous offre simplement le fond de ma valise » nous prévient-elle en voix over. Nous avons en effet affaire au portrait d’une conteuse aux mille et une vies, qui a tant vécu mais surtout tant senti qu’elle a su restituer à l’écrit ce qu’elle a vu. Devant les larges archives constituées au fil des voyages et des carrières (notamment auprès de reporter sans frontières), Laurence Deonna raconte sa vision de l’écriture : il faut que ça soit ludique ! explique-t-elle.

Payer sa liberté

Suivant son « pressant besoin d’aventure, qui est un état d’esprit », Laurence Deonna a parcouru le monde et traversé les frontières, en particulier celles du Moyen-Orient. S’affranchissant de tout ce qui aurait pu la retenir, elle vit libre. Mais cette liberté à un prix, comme elle le dit: « La liberté ça se paie, et ça se paie par la solitude ». Seule parfois peut-être, il s’agit cependant d’une solitude radieuse, qui la lie au monde et aux autres, comme en témoigne la représentation de son lien à Lira Baiseitova au sein du film. De son expérience personnelle (et passionnante) découlent ainsi une série de réflexions, allant du monde à l’individu, dans un aller-retour continu.

Multiples Laurence Deonna

Dans des interviews face caméra, on reconnait le talent de la narratrice revenue d’ailleurs, qui raconte les yeux brillants des événements marquants. Se découvre sous ses mots une femme ayant mené sa vie comme bon lui semblait, avec toute la force nécessaire pour arriver à ses fins. Image après image, on découvre ainsi une pilote, mais pas automatique, une flâneuse du kebab du coin, une observatrice, une autrice, une femme émerveillée et rationnelle : 

Laurence Deonna est libre d’être ce qu’elle veut, elle est de toute manière déjà beaucoup. 

« Laurence Deonna Libre ! » de Nasser Bakhti. 

Documentaire, Suisse, 2022, 107′, VF, 16/16 ans.

A voir au cinéma d’Oron, les jeudi 17 et mardi 22 mars à 20h

Brièvement : « La mif » de Fred Baillif

Sans aucun misérabilisme, mais avec beaucoup de talent, Frédéric Baillif parvient à réunir des acteurs et actrices non professionnel·le·s pour restituer la réalité d’un foyer d’accueil genevois. Un résultat à la hauteur d’un procédé profondément éthique, passionnant et passionné. Cinébulletin a interviewé très longuement un Baillif qui se présente d’abord comme basketteur, ensuite comme travailleur social et puis, finalement, comme un cinéaste autodidacte – de génie, et ça c’est nous qui l’ajoutons. C.G. 

Fiction « La MIF » de Fred Baillif

Suisse, 2021, 112’, VF, 14/14 ans

A voir au cinéma d’Oron, les vendredi 18 et lundi 21 mars, 20h

Brièvement (et virtuellement) : « I’m obsessed with reality show » sur sabl.live

Il y a environ un an, nous parlions dans cette même rubrique de l’espace d’art virtuel qu’est le sabl, diffusant depuis 2020 un livestream au moyen de caméras de surveillances. Sans angles morts sont ainsi restituées, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les performances d’artistes ou de collectifs qui y résident pour quelques jours. Cette semaine, le collectif franco-genevois I’m obsessed with y fait vivre son projet I’m obsessed with Reality Show, qui propose de performer une téléréalité fictive mettant en scène trois candidat·e·s amené·e·s à relever des défis diverses. En réinterprétant les codes du show-biz, la performance interroge le milieu de l’art et sa compétitivité en société capitaliste. Cette performance ayant lieu virtuellement du 14 au 19 mars sera suivie dimanche soir d’une soirée ouverte au public à Topic (un espace d’art genevois transformé en plateau de télévision pour l’occasion), de 18h à 22h, imitant ainsi un prime time au sein duquel se joue le destin des candidat·e·s. C.G.

A voir en ligne sur https ://www.sabl.live

Dimanche 19 mars dans l’espace d’art genevois Topic.