Cinéma – « Silence radio » de Juliana Fanjul, 2019

Le droit à la parole

Charlyne Genoud | Carmen Aristegui est une journaliste mexicaine qui lutte pour empêcher que les voix ne soient empêchées. Silence radio, co-produit par la Suisse et le Mexique, dresse le portrait de cette femme, que Ciné-doc met ce mois-ci sur le devant de la scène.

Lutter contre un licenciement injuste

En mars 2015, la nouvelle tombe de nulle part : Carmen Aristegui est licenciée. Comme par hasard, cette décision intervient juste après qu’elle ait révélé un épisode impliquant le président mexicain dans de la corruption, au sein de son programme radiophonique d’information très écouté au Mexique. La célèbre journaliste ne s’avoue cependant pas vaincue et, soutenue par un très grand nombre d’auditeurs et d’auditrices, elle lutte pour que justice lui soit rendue. Pour ce faire, elle crée sa propre plateforme de diffusion en ligne, sous l’objectif de Juliana Fanjul, observant et commentant en voix over les faits et gestes de sa protagoniste.

Portrait total

Il s’agit dès lors d’un portrait total, prenant en compte les moments d’émotion de la journaliste autant que ses moments de puissance ou de combat. L’histoire, qui nous est proposée de suivre, est ainsi une suite de moments de victoire et de rechute, de tristesse voire de deuils sur la route dangereuse de Carmen Aristegui. A la manière d’une souris en cage, Carmen Aristegui lutte en effet contre des barreaux de fer bien trop solides : une situation gravissime que ses actes filmés permettent de mesurer. Forte de sa communauté de dix-huit millions d’auditeurs et d’auditrices, Carmen Aristegui est dès lors menacée par ses antagonistes, à savoir le PRI, un parti au pouvoir depuis plus de septante ans. S’accumulent ainsi les menaces provenant de toutes parts : c’est avec ces deux mouvements contradictoires, l’amour et la haine, le soutien et l’attaque, qu’elle doit sans cesse composer. La réalisatrice choisit cependant de se concentrer uniquement sur la vie professionnelle de sa protagoniste, respectant de ce fait l’intimité d’un personnage publique

Carmen Aristegui lutte pour avoir le droit de témoigner quant à l’actualité réelle de son pays

Juliana Fanjul : un regard 

A la manière de Patrizio Guzmàn, témoignant de son pays (le Chili) depuis l’étranger, Juliana Fanjul vit en Suisse mais concentre l’essence de son travail sur son pays d’origine, à savoir le Mexique. Sa rencontre avec la Suisse a été rendue possible par un échange en 2011, alors qu’elle étudiait à l’Ecole internationale de cinéma et TV de San Antonio de los Baños. De 2012 à 2014, elle suit le master en réalisation de l’ECAL et de la HEAD. Son quatrième long-métrage est donc financé par la RTS et a fait sa première mondiale au festival de films de Zurich. Son dernier long-métrage, Je suis noire, coréalisé avec Rachel M’bon, sortira cette année. C.G.

Au sein d’un système corrompu, il est fondamental que le droit à l’information soit maintenu

« Silence radio » Film de Juliana Fanjul

Mexique, Suisse, 2019, vo st fr 78’   16/16 ans