Cinéma – Sais-tu pourquoi je saute ? (the reason i jump) de Jerry Rothwell

Charlyne Genoud | Basé sur le témoignage de Naoki Higashida, « Sais-tu pourquoi je saute » est un film immersif, permettant de se fondre dans le regard de personnes atteintes d’autisme. Ciné-doc propose cette semaine de le visionner à Chexbres, en compagnie de deux invité·e·s.

Témoignage et portraits

A travers le regard de personnes ne pouvant pas parler, de part et d’autre du globe, Jerry Rothwell propose une réelle expérience sensorielle avec son documentaire « The reason I jump », qui reflète toute l’intensité du vécu silencieux de personnes autistes. Le film est ainsi écrit sur la base du témoignage de Naoki Higashida, que jouxtent les portraits de cinq autres personnes vivant des expériences plus ou moins similaires. Ces cinq autres vécus sont liés par les images d’un jeune garçon japonais, qui progresse dans un paysage épique. La narration de Naoki guide alors en voix-over le public vers une compréhension approfondie de ce qu’il est amené à voir.

Comprendre le silence

Alors que les personnes atteintes d’autisme ont, au cours de l’histoire, été marginalisées, voire violentées, l’enjeu du vivre ensemble réside dans la compréhension. Le message du film est fort: ce n’est pas parce que rien n’est dit que rien n’est pensé, ressenti ou vécu. Par le témoignage de Naoki Higashida, comme par l’observation des autres protagonistes est ainsi exprimé le vécu intense et intime de ces personnes souvent incomprises.

Sujet cinématographique

Au niveau cinématographique, le sujet permet d’utiliser la caméra comme un pointeur, de se fondre dans les plans serrés que le regard de ces personnes, passionnées par certains détails du monde créent automatiquement. Il s’agit ainsi d’expérimenter cette réalité créée par des associations de sons, d’images créatrices de sens; il s’agit en d’autres termes d’un sujet profondément cinématographique.

Genèse du film

Le réalisateur a été contacté par deux producteurs, Stevie Lee et Jeremy Dear, (parents de Joss, l’un des protagonistes du film) qui souhaitaient adapter le témoignage au médium cinématographique. Marqué par la lecture du livre de Naoki Higashida, le réalisateur l’a rencontré ensuite pour discuter. Il rapporte en interview sa longue discussion (menée au moyen d’un clavier) avec le jeune homme, entrecoupée d’instants où ce dernier se levait pour aller à la fenêtre : « When I asked him what it was that drew him to the window, he typed « I watch the wheels of cars ». When I asked why, he typed « They are like galaxies rotating ». Think of that, next time you’re waiting for a bus ». La richesse de l’interprétation du monde des personnes que le film représente est ainsi indubitable.

La narration d’Higashida est imagée par les déplacements d’un petit garçon japonais
Le témoignage adapté cinématographiquement est accompagné d’images de la vie d’autres personnes atteintes par le même trouble