Cinéma – « Petite nature » de Samuel Theis

Charlyne Genoud | Retraçant le vécu d’un petit garçon en Lorraine éveillé petit à petit à l’ailleurs, Petite nature est une très belle œuvre cinématographique visible au cinéma d’Oron.

Vers la douceur

Le film « Petite nature » s’ouvre sur un chamboulement dans le quotidien de son protagoniste Johnny, un petit garçon de dix ans aux longs cheveux blonds : il est en effet balloté d’une maison à l’autre, contraint de déménager parce que sa mère se sépare de son beau-père. De cette scène de transition violente, où les adieux se disent en cris et en insultes, « Petite nature » tissera une lente évolution, une promesse d’autre chose et d’un déménagement vers la douceur.

Îles inoubliables et sans nom

Dans « Petite nature », les contre-champs et les gros plans, que bien vite des cadres plus larges précisent, confèrent au film un rythme captivant, qui invite le public à s’immerger dans ce vécu pour en ressentir toutes les tensions. Etape par étape est ainsi introduit le désir d’ailleurs, ce désir que la caméra saisit en se focalisant sur l’altérité, représenté par Monsieur Adamski. Alors que ce nouvel instituteur venu de Lyon propose des activités suscitant l’intérêt de Johnny, c’est tout son monde qui semble progressivement être mis en question, réinterprété. L’éveil aux arts est ainsi très joliment représenté, notamment par le biais de la récitation d’un poème de Blaise Cendrars, Îles, issu du recueil « Feuilles de route », que Johnny sans comprendre, adore et intègre. Parce qu’à cet âge on absorbe, on apprend et on ressent, lorsqu’il déclame « Îles // Îles où l’on ne prendra jamais terre // Îles où l’on ne descendra jamais », on perçoit dans ses gestes et sur son visage que le poème a été digéré, compris par l’instinct, emmagasiné par les rêves.

Car c’est sur le rêve que commence l’enseignement de ce nouveau professeur, qui s’attelle à donner aux enfants qui croise son chemin une route plus large et plus longue, menant bien au-delà du périphérique de la ville qu’ils connaissent. Pour faire les présentations au premier jour de cours, chaque élève doit ainsi se projeter : « Qui serez-vous dans vingt ans, à quoi ressemblera vos vies ? » leur a-t-il demandé. Johnny abattu ne sait quoi répondre. L’année scolaire en compagnie de Monsieur Adamski lui fournira un verdict brillant. 

« Petite Nature », fiction de Samuel Theis, France, 2021

93′, VF, 12/14 ans

A voir au cinéma d’Oron, les 31 mars et 2 avril à 20h.

Samuel Theis et Cannes

Avant « Petite nature », Samuel Theis avait déjà filmé en Lorraine lorsqu’il y avait coréalisé « Party girl », caméra d’or à Cannes en 2014. Avec « Petite nature », son deuxième long-métrage, il a fait cet été son retour sur la Croisette, puisqu’il était sélectionné pour la semaine de la critique. Ce film autobiographique thématisant l’éveil et le désir de partir lui permet ainsi de revenir sur la terre de son enfance pour en restituer l’essence. C.G.

« Trop la honte, de déménager », dit Johnny à sa famille aux premiers temps du film, poissons rouges en main
L’éveil que propose Monsieur Adamski à ses élèves passe aussi par la conscience du corps