Cinéma – Clara Sola de Nathalie Alvarez Mesén

« Clara Sola » : l’empêchement dansé

Charlyne Genoud | Avant de dire au revoir à ce début de printemps, faisons un détour ce week-end au City club de Pully, pour y voir le film « Clara sola » projeté durant tout le mois qui s’achève.

Sainte enfermée

Clara Sola met en scène une femme de quarante ans, empêchée tant par son corps, que par sa famille et que par l’environnement très religieux dans lequel elle évolue, et qui la perçoit comme une sainte. Outre une scoliose qui lui rend les déplacements difficiles, ce statut d’intercesseur lui interdit un rapport au corps instinctif : Clara n’a ni le droit d’accéder à la chirurgie qui lui permettrait de se mouvoir avec aisance, ni le droit de vivre une sexualité qu’elle peine à réfréner.

Présence immobile

Ce rapport au corps est brillamment rendu par la réalisatrice costaricienne, mais aussi par l’actrice principale Wendy Chinchilla Araya, qui est danseuse de profession. Son habilité au mouvement lui confère une réelle présence dans l’immobilité, et dans la gêne que son rôle lui astreint de jouer. La première image du film est ainsi un quasi regard caméra, subordonné par la main de Clara, tout près de toucher l’objectif. Suivi par un contre-champ présentant le cheval qui est son seul compagnon, ce plan programmatique introduit la quête du toucher qui résume son histoire. En effet, dans la quête de sensation par la peau, on retrouve chez Clara la souffrance due à sa solitude, mais aussi l’envie de contact avec le monde, qu’elle concrétise ainsi uniquement par son rapport à la nature et aux animaux, restitué dans le film par de nombreux gros plans
donnant au film un caractère très intense.

Intouchable

Amplement illustré par des plans serrés sur des mains, le sens du toucher – le premier qu’un enfant développe –, illustre aussi le statut enfantin attribué à cette femme de quarante ans.
Soumise aux ordres stricts de sa mère chez qui elle vit, Clara subit aussi la vision de sa nièce de quinze ans qui accède durant le film au statut de femme, tant par des célébrations que par le développement de sa vie sexuelle et de son rapport aux attributs typiquement féminins. Son envie d’accéder au statut de femme qui lui est refusé est relayé par son désir de se maquiller comme sa nièce, un acte sans cesse réprimandé autour d’elle. Ce rôle enfantin n’est ainsi que le dérivé du rôle religieux qu’on lui attribue depuis la naissance et qui l’enferme jusqu’à l’implosion. Par son statut d’intermédiaire des Dieux, Clara, dans la cage de verre que représente son domicile, est en effet « intouchable », et ce à plusieurs égards.

Clara Sola de Nathalie Alvarez Mesén

Fiction de Costa Rica, Belgique, 2021, 1h48, v.o. st-fr, 16/16

Rapport au corps et à la nature sont communément pensés dans Clara Sola par des gros plans de mains et de la foisonnante forêt costaricienne
Empêchée dans son mouvement par un problème de dos, le personnage principal l’est tout autantpar un rôle d’intercesseur des Dieux qui la force à courber la tête