Cinéma – «Adults in the Room», fiction de Costa-Gavras

Suite aux élections législatives grecques en 2015, qui donnaient la victoire au parti de gauche Syriza, le
nouveau ministre des finances Yanis Varoufakis a pour mission d’alléger une dette écrasante qui ruinait son pays depuis sept ans. Tâche lui demandant de renégocier le MoU, Memorandum of Understanding qu’avait accepté le
précédent gouvernement grec.

Paroles volées
Colette Ramsauer  |  Le film est une amère critique sur les dirigeants européens au moment où la Grèce, en 2015, tentait de sortir de la dette pharaonique de 320 milliards d’euros. « Il est une réflexion sur des événements réels, adaptés et ramenés à la logique cinématographique » assure Costa-Gavras, le réalisateur  des mémorables « Z » et « l’Aveu », il y a plus de cinquante ans. 
Construit d’après le récit Conversations entre adultes de Yanis Varoufakis lui-même (vibrant appel à renouveler la démocratie européenne avant qu’il ne soit trop tard), le film est un point de vue sur des événements politiques qui ont eu lieu de janvier à juillet 2015 à Paris, Londres, Bruxelles,  Francfort, Berlin, Riga. Dans son ouvrage, l’ex-ministre des finances rapporte les discussions puériles qu’il a enregistrées en catimini dans le huis clos des réunions de l’Eurogroupe, troïka d’huissiers comme il l’appelle (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international). Costa-Gavras s’en est inspiré pour le scénario : « J’ai essayé de faire comprendre le mépris qu’a une partie de l’Europe pour le monde politique grec… pour ne pas dire des grecs eux-mêmes ».

« Money can’t buy me love »
Yanis émerge des violentes attaques dont il fait l’objet avec le soutien de son électorat, manifestants de la place Syntagma et ailleurs à l’étranger et de son épouse Danae Stratou. Il ne veut pas vendre l’âme de son pays. Déterminé à refuser un interminable emprunt qui ne suffirait pas à mettre fin à l’austérité, le ministre demande une restructuration de l’économie par des investissements étrangers ainsi qu’un changement en profondeur du gouvernement d’Athènes. Trop idéaliste, il ne parviendra pas à un accord final des négociations : « Ils sont incon-scients des souffrances qu’ils causent » concluera-t-il.
Remaniant son équipe, le chef du gouvernement Alexis Tsipras se distancera de lui et signera le Memorandum à sa place. Costa-Gavras symbolise la solitude du chef d’Etat par une séquence finale étonnante dans le labyrinthe des coulisses de l’UE.
L’outsider Yanis Varoufakis qui déçoit son électorat, démissionnera après cinq mois de négociations tumultueuses, 162 jours de tempête, véritable tragédie grecque des temps modernes. Qui valait bien le sujet d’un film.  

Palette de politiciens
Le 18 juin 2015, c’est dans ce contexte que Christine Lagarde, directrice générale du FMI, lors d’un briefing à la presse déclarait : « Pour le moment, nous sommes à court de dialogue, il y a urgence de le restaurer avec des adultes dans la salle ». Elle ne se doutait pas d’avoir titré le – probablement dernier – film de Costa-Gavras, aujourd’hui 88 ans. 
L’acteur Christos Loulis incarne bien la personnalité de Yanis qui sans cravate et sac au dos, alors que Alexandros Bourdoumis est le reflet de Alexis d’abord par la ressemblance. Tous appelés par leur prénom (le tutoiement dans ces hauts lieux est de rigueur), d’autres ont rejoint le casting pour se mettre dans la peau de Wolf-gang Schäuble, Christine Lagarde, Pierre Moscovici, Michel Sapin, Mario Draghi ou Emmanuel Macron alors jeune ministre de François Hollande, pour ne citer qu’eux.
César 2020 de la meilleure adaptation, sélectionné hors compétition à la Mostra de Venise 2019, le film qui devait sortir en salle le 6 novembre 2020, est visible enfin.

«Adults in the Room», Grèce-France, 2019, 124′, vost, âge 14/16, fiction de Costa-Gavras
Au cinéma de Pully du 11 juin au 4 juillet 2021