C’est à lire – Un beau roman sur l’ambivalence des sentiments filiaux

Pierre Jeanneret | Avec « La nuit des pères », Gaëlle Josse nous offre un roman puissant et émouvant, à la fois douloureux et serein. 

Appelée par son frère Olivier, Isabelle va rendre visite, dans un village des Alpes, à son père qu’elle n’a pas revu depuis huit ans. Ce dernier est atteint d’une forme d’Alzheimer : « En toi les mots chutent et se fissurent, les visages s’évanouissent, le temps se décolore, tu sais ta déroute et tu sais qu’elle est sans retour. » Isabelle se remémore son passé d’enfant et d’adolescente mal-aimée, sous la férule d’un père indifférent, au caractère irascible, blessant, montrant même parfois des traits de sadisme. Sa mère, décédée dix ans auparavant, faisait office d’écran apaisant, renfermant en elle-même sa tristesse. De surcroît, Isabelle vit mal le décès de son compagnon, dans des circonstances accidentelles qui provoquent en elle un sentiment de culpabilité. Quant à Olivier, généreux et sensible, il a raté sa vie amoureuse. 

Tout apparaît donc au début du livre comme très noir. On va découvrir peu à peu qu’un événement traumatisant, lié à la guerre d’Algérie, a brisé et transformé ce père, par ailleurs ancien guide de montagne estimé dans son village. Or, peu à peu, le lien entre Isabelle et lui se ressoude, sans totalement effacer les blessures du passé. On peut parler d’un phénomène de résilience. Le livre montre bien l’ambivalence des sentiments filiaux, entre haine et amour. Et le roman se termine sur une note apaisée.

Gaëlle Josse nous raconte cela de manière très juste et sensible, sans oublier l’évocation par petites touches impressionnistes des lieux, banlieue industrielle, magasin pour touristes ou nature alpine, ou encore le récit par le père de l’imbécillité et la cruauté de la vie militaire vécue en Algérie. 

Un roman court, sobre mais très fort !

Gaëlle Josse, « La nuit des pères », Ed. Noir sur Blanc, 2022, 173 p.