Balade historique

Le bourg médiéval de Gruyères

Pierre Jeanneret | Tout d’abord un conseil pratique : évitez la visite pendant les vacances et les week-ends, car le site, mondialement connu, attire des foules de touristes venus de Suisse et du monde entier ! Choisissez plutôt l’entre-saison et les jours de semaine.

Le château

La porte du Belluard

Gruyères fait partie du district fribourgeois de… la Gruyère. Le château et le bourg sont bâtis sur un éperon rocheux, à environ 800m d’altitude. Cela pour des raisons stratégiques évidentes : cette position dominante permettait de contrôler les routes de la plaine. Mais Gruyères était aussi au Moyen Âge le centre d’un marché florissant, qui déclina cependant et fut remplacé par celui de Bulle, plus accessible. La cité doit son développement à Rodolphe Ier de Gruyères et à ses successeurs, du 12e au 14e siècle. Le dernier comte dut annoncer sa banqueroute en 1554, et les villes de Fribourg et de Berne se partagèrent ses terres… Pour visiter Gruyères, il faut laisser sa voiture au bas de la colline. En passant, on peut entrer dans la Maison du gruyère à Pringy : parcours interactif et démonstration de la fabrication du fameux fromage AOC. Puis on monte à pied vers la petite ville par un chemin facile. On entre dans Gruyères par la porte de Chavonne. Le bourg a en effet conservé ses remparts et ses portes, dont la plus belle est celle du Belluard, ornée de fresques représentant deux personnages : Clarambeaud et Bras de Fer, des héros mythiques protecteurs de la cité. On débouche sur la place du marché joliment pavée, qui constitue un ovale, autour duquel s’agencent une série de belles maisons du Moyen Âge et de la Renaissance. Immédiatement après la porte, à notre droite, nous voyons la tour de Chupya Barba (termes en patois signifiant barbe brûlée), ainsi nommée parce qu’à l’époque médiévale, on avait la fâcheuse coutume de brûler la barbe des prévenus pour les faire avouer. Une curiosité à ne pas manquer : des mesures à grain, taillées dans une énorme pierre. A l’autre extrémité de la place, le Calvaire, bâti au 16e siècle.

La place du marché avec au fond le Moléson
Les mesures à grains

En montant encore un peu, on arrive au Château, le plus visité de Suisse après celui de Chillon! Il en vaut la peine, avec ses salles médiévales et Renaissance, ses poêles à catelles, ses peintures, ses tapisseries flamandes, et des éléments du butin des Suisses après leur écrasante victoire de Morat sur Charles le Téméraire en 1476, dont trois chapes de la Toison d’Or, une décoration prestigieuse du Saint-Empire romain germanique. Depuis le Château, on a une belle vue sur les collines boisées des environs et sur le Moléson. Les amateurs de science-fiction pourront visiter le Musée HR Giger, du nom de Hans Ruedi Giger (1940-2014), le créateur de Alien, qui a fait l’objet de nombreux films où il est question d’extraterrestres. Pour notre part, nous avons préféré le Musée du Tibet, sis dans une ancienne chapelle avec ses peintures catholiques, mais consacré à l’art bouddhique tibétain. Il possède une collection splendide de représentations du Bouddha, « le joyau né dans le lotus », de sculptures de moines ou de boddhisatvas (des êtres qui ont connu le Nirvâna mais qui sont redescendus sur terre pour aider les autres humains à y accéder). Il règne dans ce petit musée plongé dans la pénombre, avec un léger fond sonore de musique sacrée tibétaine, une ambiance de paix extraordinaire qui invite à la méditation.

Et revenus dans l’univers profane, pourquoi ne pas terminer la visite par la dégustation d’une fondue moitié-moitié ou fribourgeoise au vacherin ?

Un bouddha du Musée tibétain