Assemblée générale du Groupement forestier Broye-Jorat

Bonne nouvelle, il y a du bois dans nos forêts !

Gil. Colliard | Jeudi 3 septembre, la grande salle de Corcelles-le-Jorat accueillait l’assemblée générale du Groupement forestier Broye-Jorat dite de « printemps » reportée en fonction de la situation sanitaire. Jean-Claude Serex, président, souhaita la bienvenue aux représentants des communes membres, de l’Etat, et de la place d’armes de Moudon ainsi que les différents acteurs de la forêt installés en respectant les directives en vigueur.

Debout de gauche à droite: Didier Gétaz, Marc Rod, Daniel Ruch, Jean Rosset, Daniel Sonnay, Angelo Ciciulla, Jean-Claude Serex
Accroupis: Matthieu Détraz, Didier Wuarchoz et Reynald Keller

Comptes 2019 et situation forestière compliquée

Les excellents comptes de l’année 2019, que se réjouissait de présenter le président du comité, Daniel Sonnay, ont fait l’unanimité. Les déficits facturés aux membres ont été moins élevés que prévus particulièrement grâce à l’obtention de subventions liées à la fin de la période RPT et ont permis quelques réserves. Un résultat exceptionnel dont 2020 ne sera pas la copie, au vu de l’invasion du bostryche dans les peuplements de résineux. Un véritable cataclysme pour Didier Gétaz qui a repris, fin 2019 le poste de garde forestier du triage de Broye-Jorat: « ce ne sont pas moins de 4493 sylves atteintes marquées pour abattage sur mon territoire, soit un quart des possibilités annuelles de coupe, diminuant d’autant le martelage de bois frais. J’ai dû constater jusqu’à 160m3 de plantes remplies d’insectes au même endroit. Les rémanents de coupes déchiquetés, pour détruire l’insecte restent en forêt par manque d’utilisation. Grâce aux entreprises forestières, aux transporteurs et particulièrement à la scierie Zahnd, réactifs et disponibles, nous pouvons intervenir à temps ». Ses propos sont renchéris par Marc Rod responsable du triage du Jorat qui forme avec Matthieu Détraz, du triage de Moudon, l’équipe du Groupement: « depuis 27 ans que j’occupe cette fonction, 2020 est la pire année. Nous sommes démunis face à la rapidité du changement. Nous ne pouvons plus prévoir et nous ne faisons que suivre. Il est bien difficile, dans ces conditions, d’établir un budget. Heureusement nous avons une collaboration excellente, pouvons compter les uns sur les autres et avons réunis nos forces dans le bureau de Carrouge ».

Stratégie étatique pour la nouvelle période (RPT) 2020-2024 et forêts équilibrées

Pour la nouvelle période, l’essentiel des montants couvrant les besoins annoncés ont été accordés. Des subventions pour la création de 25 ha de chênes ont été octroyées. Cette essence pourra être plantée là où les résineux et les frênes ont dépéri. Une petite réduction de moyens financiers touche les forêts protectrices mais permet tout de même de maintenir le travail tel que pratiqué actuellement. Le projet de subsides pour la réfection du réseau des dessertes à camions, sur la base d’une étude, devrait aboutir en mars 2021. « Les bois des forêts du groupement ont fait l’objet, entre 2017 et 2020, d’un inventaire tant sur les domaines publics que privés. Une photo du patrimoine forestier permet de réviser les possibilités. Bien qu’un effort de coupes ait été effectué ces dernières années, une comparaison entre le dernier recensement en 2009 avec une moyenne de 380m3/ha et 2019 comptant 320m3/ha est rassurante. Il y a du bois dans nos forêts et ces dernières sont équilibrées » rassure Reynald Keller, ajoutant que ces éléments de contrôles ont toute leur importance pour le choix des options à prendre en relations avec le réchauffement. Il informe aussi que le futur parc naturel, actuellement à l’enquête, a été relocalisé sur Lausanne. Il relève encore l’augmentation des incivilités dues à l’affluence des visiteurs en forêt faisant suite à la pandémie: véhicules parqués partout, feux en forêts, sur les pâturages, refuges fracturés et difficultés pour les gardes de se faire respecter. « Nous vivons une époque compliquée. Ces comportements sont le fait d’une petite partie de la population, mais sont vécus d’une manière forte » déplore l’inspecteur forestier. Comme le rappelle Daniel Ruch, vice-président du comité du groupement. « La Loi prévoit que les communes peuvent déléguer la compétence au garde pour sanctionner, car il est assermenté ».

Répercussion sur le marché du bois

Pour « La Forestière », qui commercialise les bois, la situation est sérieuse. Elle a dû réduire son personnel et passer de 4 à 3 agents pour la région Vaud et Bas-Valais. Un fait lié au bos-tryche et au bas revenus qui effrite la marge dédiée au courtage. « La situation est nouvelle, mais nous restons confiants. Nous comptons sur une étroite collaboration pour éviter de créer des situations d’urgence » signale Didier Wuarchoz, directeur. Le semi-confinement a boosté l’activité des scieries régionales car de nombreux propriétaires ont réalisé des projets. « La diminution de coupes par endroit a augmenté l’activité des scieries et baissé les stocks. Après l’explosion du bostryche, la situation s’est inversée induisant le tassement des prix. Les possibilités de coupes étant mangées par le bois malade, il est difficile de satisfaire les scieurs avec le bois frais qu’ils attendent. Le manque de stabilité ne permet pas de tirer les prix vers le haut, mais il n’y a pas non plus une chute drastique pour les bois de qualité » commente Angelo Ciciulla, agent de « La Forestière ».

Réflexion sur le maintien du soutien étatique à la lutte contre le bostryche

Pour 2020, la base légale oblige à donner les moyens de lutter contre l’invasion des résineux par le bos-tryche. « Une réflexion est en cours sur la stratégie à adopter dans le futur, car l’épicéa résiste en station, dans le Jura et les Préalpes, mais difficilement en basses stations. Faut-il tenir à bout de bras ces forêts qui lâchent ? Déjà le Jura a lâché et le Valais va renoncer à lutter. Est-il utile d’engager de l’argent public pour du bois sans valeur ? Le canton prend la question très au sérieux. Un plan climat a été validé, des montants sont acquis pour la conversion des peuplements. Les recommandations de la recherche sont attendues dans ce domaine. Nous sommes au cœur de ces réflexions. Le souci climatique nous engage dans le début d’une grande aventure où le marché du bois devra être redynamisé » informe Jean Rosset, inspecteur cantonal des forêts depuis novembre dernier, qui participe pour la première fois aux débats du groupement. Il indique également que la révision de la Polfor (Politique forestière vaudoise) a été lancée ce mois, un chantier qui durera deux ans et qui mettra l’accent sur les préoccupations liées au climat et au bois. Il annonce également le recrutement en renfort, pour la partie prévention du bois et économie forestière, de Mélanie Thomas, enseignante à la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires à Zollikofen. Vaud envoie des signaux pour utiliser le bois pour la construction. 

A l’issue de ces nombreuses et intéressantes interventions, le président clôt l’assemblée sur une invitation à partager quelques instants autour d’un apéritif offert par la commune de Corcelles-le-Jorat.