Seul… à Olympie

Pierre Scheidegger  |  …Seul à l’extrémité de ce long stade à Olympie… émerveillé, je garderai longtemps ce petit coin de nostalgie, en pensant avoir dialogué avec les dieux de l’Olympe!

Oui! Je pouvais mieux comprendre la crainte de l’homme devant certaines forces incontrôlables qui l’entourent, la constatation de son impuissance à maîtriser ses angoisses métaphysiques en regardant ce soir-là, assis seul à l’extrémité de ce long stade d’Olympie, les majestueux vestiges de cette cité érigée à la gloire du sport, de la beauté.

Je n’avais pas besoin de fermer les yeux pour vivre avec les dieux ce moment privilégié, mais me rendais à l’évidence de la richesse de cette mythologie qui, aujourd’hui encore, peut vous accaparer.

L’amalgame de légendes, de désirs humains face aux manifestations de la vie était, dans ce site, tellement possessif qu’il m’était facile de me reporter plus de cinq cents ans avant notre ère, dans cette période où les dieux gouvernaient encore la destinée de chacun.

Vainqueur des Jeux Pythiques organisés à la gloire d’Apollon ou des Jeux Isthmiques en l’honneur de Poséidon, Zeus ne pouvait être oublié aux Jeux Néméens. Les victoires acquises dans la magnificence du Stade de Delphes et dans les sanctuaires austères d’Isthmea à Corinthe et de Némée, autorisaient les athlètes à se rendre à Olympie pour se mesurer dans ce stade mythique dégageant cette étrange douceur, fort probablement due au choix de ce site idyllique, qui ne peut laisser personne insensible.

J’étais transporté.

Toutefois, je ne sais pas si c’était au lever du soleil, alors qu’Athéna était opposée à Poséidon pour assurer la protection de la ville sise au pied du Rocher Sacré, les dieux incitèrent chacun à offrir un présent, dont le plus utile serait déterminant pour désigner le vainqueur. Athéna frappa énergiquement le sol de l’Acropole de son pied, d’où poussa un arbre inconnu, l’olivier.

Durant des siècles, il restera à la vue de chacun.

En récompense naquit Athènes.

Petit à petit, le crépuscule descendait à la rencontre de ces pierres d’Olympie à jamais majestueuses.

Toujours empreint de ce calme qui m’environnait, je pouvais revoir Athéna sur le parvis du Parthénon, splendeur à ravir les dieux eux-mêmes, jeune fille, déesse de la sagesse, tournée vers l’horizon de l’Est où le temple de Poséidon se dressait aux confins du Cap Sounion, baigné d’une mer d’un bleu irréel.

Contournant Athènes, je laissais libre cours à mon imagination et traversais cette plaine de Marathon, encore chargée du bruit des combats de cette guerre fratricide que nous commémorons aux quatre points cardinaux aujourd’hui par une des épreuves reines de l’athlétisme moderne.

Que de générosité ai-je découvert dans cette nature, que de fécondité luxuriante rencontrée, où poussent tant d’éléments au besoin de la vie! Cette terre aux forces bienfaisantes, accordant fertilité et reproduction, a su donner forme à cette grande déesse de la Terre, Gê.

Elle m’a accompagné tout au long de mon voyage et m’a prié de m’arrêter un moment auprès d’un nouveau, elle me disait même d’un moderne Osios Lucas où, dans le monastère byzantin érigé au XIe siècle, elle me faisait prendre conscience de cet héritage millénaire, autorisant la méditation sur ses beautés.

Delphes !

Pourquoi, Apollon, t’es-tu arrêté à Delphes ?

Ton regard s’est-il aussi posé sur cette mer d’oliviers donnant ce reflet argenté, étrange, à tout ce qui l’environne? T’es-tu imprégné de cette huile sacrée avant les épreuves des athlètes? Par la beauté de ce site, par la puissance qui s’en dégage, j’aurais voulu être à tes côtés.

Mais pour être ton égal, ne fallait-il pas gagner? Je continue à rêver.

M’arrêtant quelques instants, contemplatif devant cette montagne qui a accepté l’édification de ce temple à ta gloire, je comprends aussi le sentiment d’impuissance de l’homme devant ce tableau qui s’étendait à l’infini devant lui. Comme cela devait être beau de rechercher le contact avec le divin et les forces supérieures qui régissaient l’univers et géraient ses propres destinées.

Mycènes, Epidaure! J’entends encore ces chants d’une pureté aujourd’hui encore inégalée montant de gradins en gradins, s’ouvrant sur ce cercle parfait de plus de quarante mètres de haut. Théâtre prodigieux, autorisant ce dialogue intime entre acteurs et orchestre à la perfection enchanteresse de chacun.

Musardant à travers monts et vallées, tantôt arides, cherchant le Mont Olympe, tantôt luxuriants aux abords de la mer Egée, me voilà les yeux fixés sur cet invraisemblable ruban, de couleur turquoise, quasi irréel. Irréel aussi par la pensée de créer ce lien surnaturel, situé à huitante mètres plus bas entre le golfe de Corinthe et la mer Egée.

Ce fantastique canal de Corinthe qui, lui, n’était plus la volonté des dieux de l’Olympe.

L’homme… peut-être, ne voulait-il pas imiter ces derniers?

Olympie, me voilà de retour

Le stade est silencieux, couvert du manteau de la nuit tombante.

Plus haut, quelques lumières brillent, laissant deviner les ombres harmonieuses des bâtisses de l’Académie Olympique. Décor du sport au seuil du troisième millénaire, autorisant ce prodigieux trait d’union, conservant avec respect les souvenirs de cette culture sportive qui nous a été léguée et devrait le rester.

Si les hommes désirent vraiment la perpétuer!

… Seul à l’extrémité de ce long stade à Olympie, émerveillé, je garderai longtemps ce petit coin de nostalgie, en pensant avoir dialogué avec les dieux de l’Olympe.

Panathlon-Club Lausanne

La Grèce, plus précisément la Grèce antique, ce berceau culturel du sport qui autorisait l’arrêt momentané de toute guerre, m’attirait. Mythologie éternelle, histoire fabuleuse des dieux avec les hommes dont les seules frontières étaient l’espace aux confins de leur royaume permettant à chacun de converser selon ses aspirations.

Rien ne s’entreprenait sans l’accord de l’Olympe, montrant par là, déjà, les faiblesses de l’homme.

C’était encore plus affirmé pour le sportif qui, vainqueur lors des Jeux d’Olympie, était reconnu de ses pairs en tant que demi-dieu tout en sachant que son habitat resterait terrestre. L’accès au Panthéon lui était cependant interdit.