Votations du 27 septembre
Non à une neutralité étouffante, non au diktat végan et oui vaudois pour payer moins d’impôts

La population suisse se prononçait sur deux Initiatives. La première « Initiative sur la neutralité » a été refusée 70,1 % des voix. Les Suisses n’ont pas voulu du changement proposé par Pro Suisse et l’UDC exigeant d’inscrire le concept d’une neutralité stricte dans la Constitution. Tout rattachement à l’OTAN ou d’autres alliances militaires aurait été interdit, sauf si notre pays était attaqué. Impossible aussi de prendre des sanctions économiques contre un pays en guerre, si celles-ci ne sont pas exigées par l’ONU. La population a plébiscité un statu quo qui existe depuis 1848 et qui a fait ses preuves. Nous devons pouvoir juger au cas par cas des mesures les mieux adaptées aux intérêts de notre pays. Cette souplesse permet à notre gouvernement de cibler ses actions. Nous sommes aussi entourés de pays avec lesquels nous collaborons et qui partagent nos valeurs. Un OUI à l’initiative aurait mis un frein à ces échanges si importants pour notre protection et notre sécurité. Enfin, parlons du droit international, bafoué par tant d’Etats qui en attaquent d’autres militairement. Grâce à sa neutralité flexible, la Suisse ne reste pas inactive face à ces violations, tant il est logique que l’agresseur et la victime ne soient pas traités sur un pied d’égalité. En ne participant à aucune guerre, la Suisse peut offrir ses bons offices. La neutralité fait partie de notre ADN et est un outil au service de notre souveraineté et des valeurs pacifiques et humanitaires que nous défendons mais elle doit pouvoir s’adapter aux bouleversements géopolitiques qui nous secouent.
Le deuxième objet est l’« Initiative sur l’alimentation ». Elle a été refusée à 72,5 % des voix. Si ce texte partait d’une préoccupation légitime, à savoir la sécurité alimentaire, les exigences à remplir pour y arriver étaient inadaptées. Produire davantage en Suisse, protéger l’eau, les sols et la biodiversité, la population adhère. En revanche, porter l’auto-approvisionnement net à 70 % en 10 ans, contre 46 % ce jour, c’est un tour de force quasi impossible imposé à nos agriculteurs avec pour corollaire la nécessité de changer nos habitudes de consommation alimentaire. Pour y arriver, les autorités auraient dû promouvoir un mode d’alimentation axé sur les denrées végétales. Or le paysage suisse est aussi fait de montagnes et de prairies que l’élevage permet de valoriser. Vouloir un changement drastique, c’est mettre dans l’embarras des exploitations et les filières agroalimentaires. Le Conseil fédéral, comme le parlement et tout l’échiquier politique de droite et de gauche, s’opposaient à l’initiative. Ceci dit, les habitudes alimentaires des Suisses ne sont pas gravées dans le marbre. La consommation de vin diminue malgré nos excellents crus et les menus végétariens sont de plus en plus présents dans nos assiettes. Encore une fois, la population admet que des évolutions vers plus de denrées végétales sont cohérentes mais les changements doivent être entrepris avec le monde agricole et à un rythme raisonnable.
L’objet cantonal est l’initiative populaire « Baisse d’impôts pour tous – Redonner du pouvoir d’achat à la classe moyenne ». Cette Initiative a été acceptée à 53,1 % des voix. Elle vise à créer une loi introduisant une réduction fixe de 12 % de l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune des personnes physiques.
Dans le canton de Vaud, c’est bien cette votation qui a fait le plus débat. Deux fronts droits dans leurs bottes, l’un contre l’autre, avec des arguments pertinents. D’un côté la droite qui explique avec raison que le canton de Vaud appartient au trio de tête des cantons les plus voraces au niveau de la fiscalité des personnes physiques. Avec cette baisse de 12 %, tous les contribuables seront concernés. C’est une mesure simple, efficace et rapide pour redonner du pouvoir d’achat à la population qui paie des impôts.
A gauche, on brandit le spectre de la dégradation des services publics, une augmentation du déficit et de la dette, et montre du doigt les cadeaux fiscaux faits aux grandes fortunes et hauts revenus. Le citoyen lambda a de quoi être perplexe s’il se penche un peu sur les documents reçus. Les divergences de calculs observées entre les chiffres fournis dans la brochure du Conseil d’Etat et ceux donnés par les initiants variant parfois du simple au double dans les montants d’économies annoncés.
L’Etat parle du revenu brut et les initiants de revenu imposable. De plus, ces derniers appliquent une baisse de 12 %, alors que le Conseil d’Etat se contente de 5 %, une baisse de 7 % ayant déjà été adoptée par le Grand Conseil. Bref, difficile de s’y retrouver dans un tel marasme.
Les partisans du OUI estiment que la baisse fiscale est clairement absorbable et que l’Etat n’a pas un problème de recettes (les chiffres le prouvent) mais de dépenses, ces dernières ayant augmenté de 60 % en 17 ans (7,94 milliards en 2009 pour 12,67 milliards en 2026). Dans le même temps, les revenus de l’Etat sont passés de 8,3 à plus de 12,3 milliards. Donc, l’argent rentre et cette progression des recettes a permis, au fil des ans, de développer de nombreuses prestations. L’effort doit désormais porter sur la maîtrise de l’évolution des charges, non pas en coupant dans les prestations essentielles mais en revoyant le fonctionnement de l’Etat.
Avec un projet de budget 2027 déficitaire de 356 millions et le vote de ce jour qui entraîne une baisse des recettes de 272 millions, notre gouvernement a du pain sur la planche. La majorité de la population a voté en pensant à son porte-monnaie. Lassée de payer trop d’impôts par rapport aux autres cantons, d’entendre toujours le même refrain « ce n’est pas le moment », elle a donné un signal clair, à savoir trouver un meilleur équilibre entre les moyens laissés aux contribuables, l’attractivité du canton et la progression des dépenses publiques.
Christa Calpini, pharmacienne,
ancienne députée


