La chronique de Denis Pittet
Guerre au Pays du Papet

Dimanche 27 septembre dernier, les Vaudoises et Vaudois ont donc voté « oui » à une baisse d’impôt de 12 % dès 2027. Ambiance au Pays du Papet.
Le temps politique est parfois court. Dans deux semaines ce seront les vacances d’automne. Puis Noël et les Fêtes de fin d’année suivront rapidement et hop ! on se retrouvera le 10 janvier. Les relâches et ce sera déjà le 28 février, premier tour des élections générales vaudoises, élection du Grand Conseil et premier tour pour le Conseil d’Etat.
Autant dire qu’en temps normal, plus rien ne se passe au niveau décisionnel politique, tous les conseillères et conseillers et d’Etat se représentant étant de facto en campagne, y consacrant tout leur temps et leur énergie, toutes et tous cherchant à valoriser un bilan qui existe ou n’existe pas ou si peu d’ailleurs. Cette fois c’est raté. De facto, la bataille pour les cantonales 2027 a débuté dimanche une fois le résultat de la votation des 12 % connu. Tout le monde est sur la sellette.
Parlons chiffres. L’affaire du bouclier fiscal a entraîné environ 202 millions de non-rentrées pour l’Etat sur 13 ans. L’initiative des 12 % va entraîner un manque annuel de 270 millions dès 2027. Est-ce beaucoup ? Peu avant ce dimanche noir pour Christelle Luisier, le Grand Conseil a validé – c’est un exemple – l’achat par le canton du logiciel américain EPIC pour 208 millions avec en prime un montant de 23 millions par an (!) pour les frais de maintenance. On a aussi appris que les coûts EFAS (soins à domicile) allaient atteindre les 300 à 400 millions au lieu des 130 estimés. Comparaison n’est pas raison, c’est juste pour l’image, mais force est de constater que ces chiffres mis à bout avoisinent le milliard. Tout cela pour dire que l’Etat jongle avec des sommes astronomiques en permanence. Ceci peut relativiser cela.
Parlons politique. Les génies libéraux-radicaux ont placé Valérie Dittli aux finances en 2022. Quatre ans plus tard une conseillère d’Etat toujours en fonction démissionne de son parti, en crée un nouveau et annonce dans son programme une réforme de la fiscalité. Christelle Luisier est désormais prise en étau entre sa base et les réalités de l’Exécutif. Le budget 2027 a été présenté plus tôt que d’habitude pour faire campagne contre les 12 %. D’une extrême maladresse, cette manœuvre a dû en énerver plus d’un et entrainer des « oui » au dernier moment. Et ce même budget, à peine déposé, est désormais en voie de révision depuis lundi matin. Avec un dilemme à résoudre : faut-il économiser ? Couper ? Ou inventer de nouvelles recettes ou taxes qui évidemment ne passeraient pas à cinq mois des élections. La pire des choses serait – soit dit en passant – d’annoncer des coupes en disant « on vous avait prévenus ».
Ils sont déjà 20 candidats à briguer un mandat de conseiller d’Etat, dont 6 sortants (Luisier, Moret, Borloz, Venizelos, Nordmann et Dittli). Le 1er juillet 2027, lorsque le nouveau gouvernement entrera en fonction, rien ne sera réglé.
A ce stade on se fiche un peu de savoir si la gauche aura repris la majorité ou pas et à quel prix. La politique n’est pas toujours une belle chose. Avoir son nom sur une liste électorale ne fait pas de vous un conseiller d’Etat. Le job est difficile.
Un vœu pieux à ce stade : si tout ce beau monde pouvait nous éviter des kilomètres de théorie et nous parler simplement de manière pragmatique, ce serait déjà… Noël avant l’heure.


