La petite histoire des mots
Programme

Jeudi dernier, dans un établissement public de Ropraz, et à cinq mois des élections cantonales, le nouveau parti de Valérie Dittli, le Mouvement libéral vaudois, a présenté son programme. En politique, le mot « programme » définit l’ensemble des intentions ou des réformes d’un groupe ou d’un parti. Celui de la nouvelle formation de Mme Dittli est manifestement de droite et porte notamment sur la fiscalité, l’agriculture et le libéralisme.
« Programme » nous vient en droite ligne du grec ancien. Chez les Hellènes de la période classique, le mot « programma » désignait un édit ou un avis public. Ce terme est composé du préfixe « pro » qui signifie « devant » ou « par avance », et de « gramma » qui veut dire « lettre » ou « trait ». Littéralement, le « programma » était donc « ce qui est écrit à l’avance ». Notons au passage que le substantif « gramma » et le verbe « graphein » (écrire) sont à l’origine de nos mots contemporains « grammaire », « graphologie » ou encore « graphique ».
Dans les cités de la Grèce antique, à Athènes notamment, les annonces temporaires, étaient souvent écrites au charbon de bois ou à l’encre noire sur des tablettes enduites de chaux appelées « sanides », exposées sur les places publiques, les agoras, ou devant les temples pour être vues de tous. Elles étaient régulièrement réenduites de chaux pour recevoir de nouvelles annonces. Les lois les plus importantes étaient, quant à elles, gravées sur des stèles de marbre ou de pierre.
Passé très vite au latin, le mot « programme » ne fit son apparition dans notre langue, sous sa forme orthographique actuelle, que vers la fin du XVIIe siècle. En ce temps-là, ce terme, encore assez rare, désignait, surtout dans le milieu universitaire, un écrit public, une affiche ou un placard, exposés ou distribués pour annoncer un événement ou encore une liste de candidats.
Ce n’est que récemment, vers le second milieu du XIXe siècle, que le mot « programme » se popularisa. Le terme passa alors d’un simple écrit public à un concept abstrait de planification et de « programmation ». C’est de cette époque que date la notion de « programme » pour le déroulement prévu d’un spectacle ou pour un projet de réformes politiques.
En informatique, le mot « programme » commença à être utilisé dès le milieu des années 1940, avec la création des premiers ordinateurs. C’est l’ingénieur américain John Mauchly, un pionnier de l’informatique qui, le premier, transposa ce mot pour décrire une série planifiée d’actions applicables au domaine des machines.
On raconte, sans que cela ne soit historiquement attesté, qu’en août 1944, peu avant ou lors de la libération de Paris, le général de Gaulle aperçut une jeep commandée par le capitaine Raymond Dronne, une figure emblématique de la 2e division blindée (2e DB) du général Leclerc, sur laquelle figurait l’inscription « Mort aux cons ». Il aurait alors lâché cette célèbre formule : « Vaste programme ! »


