Politique vaudoise
Une démission de municipal sur cinq causée par un mauvais climat au sein de l’exécutif
Entre 2021 et 2025, 346 membres d’exécutifs communaux vaudois ont jeté l’éponge en cours de législature. Climat de travail, charge du mandat et perte de sens sont notamment pointés du doigt.

Entre juillet 2021 et mai 2025, 346 membres d’exécutifs communaux vaudois ont quitté leur fonction en cours de mandat. Cela représente plus d’un cinquième des élus. Le phénomène a touché 196 communes sur 300, soit près de deux sur trois. Pour comprendre ce qui se joue derrière ces départs, Statistique Vaud, mandaté par la Direction générale des affaires institutionnelles et des communes, a mené une large enquête (voir encadré) auprès des personnes ayant décidé de démissionner.
Le climat de travail
Si les raisons d’un départ sont souvent multifactorielles, une personne sur cinq invoque comme première cause «le mauvais climat de travail au sein de la municipalité». Celui-ci recouvre des réalités variées, comme des tensions interpersonnelles, un manque de collégialité, des décisions imposées par quelques-uns ou le sentiment d’exclusion pour les minoritaires. Les commentaires décrivent parfois des situations allant jusqu’au mobbing ou à des remarques sexistes envers des élues évoluant dans des exécutifs encore très masculins.
Les raisons de santé arrivent en deuxième position (18%). Au-delà des maladies personnelles ou celles touchant un proche, elles incluent aussi «la fatigue accumulée, la charge émotionnelle, le stress ou l’épuisement allant parfois jusqu’au burn-out» ainsi que la volonté de préserver sa santé.
Plus largement, il ressort de l’étude que près d’une personne démissionnaire sur deux regrette l’abondance et la complexité des directives cantonales. A cela s’ajoute un sentiment de ne pas pouvoir réellement influencer les décisions politiques. Concrètement, deux tiers des répondants estiment que le canton intervient trop dans le travail des communes, et la moitié souhaiterait qu’il se limite à un simple contrôle de légalité.
Petites communes plus touchées
Le taux de démission dépend aussi de la taille de la commune. Dans celles de moins de 500 habitants, jusqu’à 28% des sièges ont changé de titulaire en quatre ans, près de trois fois plus que dans les communes de plus de 5000 habitants, où ce taux tombe à 10%. Pourquoi? Dans les petites communes, les municipaux doivent souvent «tout faire seuls», sans staff pour les épauler, relève un autre témoignage.
Une situation difficile à gérer pour une fonction qui reste avant tout «de milice»: 78% exercent une activité professionnelle en parallèle. Et deux répondants sur trois jugent leur charge de travail réelle supérieure à ce qui est officiellement prévu. Résultat: 46% jugent leur charge de travail excessive, 37% estiment leur rémunération insuffisante.
Les jeunes plus critiques
La jeune génération est celle qui a le plus de difficulté à trouver l’équilibre entre fonction politique chronophage, carrière professionnelle, et vie familiale. 62% des moins de 40 ans interrogés se montrent insatisfaits de la situation. Chez les plus de 60 ans, le taux de satisfaction atteint 73%. Plus les élus ont d’ancienneté, plus ils se disent par ailleurs satisfaits. Cela pourrait s’expliquer par une adaptation progressive à la fonction, mais aussi d’un possible effet de sélection: les plus insatisfaits partent tôt, estime en substance Statistique Vaud.
Quelques pistes
Interrogés sur ce qui aurait pu les retenir, les démissionnaires ne plébiscitent clairement aucune des mesures proposées dans le questionnaire. Signe, selon Statistique Vaud, que les solutions envisagées collent mal aux vraies causes du malaise, qui plus est multiples. Trois pistes se détachent tout de même légèrement: renforcer l’administration communale pour décharger les élus des tâches techniques (36%), mieux reconnaître le travail accompli auprès de la population (35%) et améliorer la rémunération, surtout dans les petites communes (31%). En revanche, toucher au nombre de sièges à l’exécutif ne convainc quasiment personne
Les commentaires libres vont plus loin que ce catalogue de mesures et réclament des changements plus structurels: davantage d’autonomie communale face au canton, des personnes-ressources pour appuyer les dossiers complexes, des mécanismes de médiation en cas de conflit interne, voire une professionnalisation partielle de la fonction pour sortir du pur modèle de milice sur les dossiers les plus lourds.
Malgré tout
Pour comprendre ce qui se joue derrière ce nombre élevé de départs, Statistique Vaud a lancé durant l’été 2025 une enquête en ligne auprès des 321 démissionnaires dont l’adresse était encore valable. Deux cent
dix-sept personnes (68 %) ont répondu, dont près de la moitié a même pris le temps de rédiger un commentaire libre, parfois très détaillé. Les résultats montrent que l’expérience municipale reste globalement positive : 63 % des démissionnaires se disent satisfaits du fonctionnement de leur exécutif.


