Un OVNI dans les Préalpes

A propos du choix de la région
Pour notre histoire de la Seconde Guerre mondiale, nous ne voulions pas parler une fois encore de «l’ennemi allemand» et avons décidé de partir plutôt sur un affrontement entre les Italiens et les Britanniques. La bataille de Monte Cassino, petite colline située dans les Appenins du Nord (entre Milan et Rome), s’est naturellement imposée par la similarité de cette région et de celle des préalpes fribourgeoises avec son terrain accidenté et fourni en sapins.
Etant originaire de St-Martin (Fribourg), je connais bien cette région. J’y ai vécu pendant presque 20 ans, et c’est donc tout logiquement que j’ai proposé à mes collègues d’y faire des repérages. Aussi, notre collectif, «Bad Taste Pictures» a été fondé à Fiaugères. Après plusieurs jours de recherche, nous avons retenu trois lieux: Semsales (4 jours de tournage), Fiaugères (demi-journée) et Besencens (demi-journée). Normalement, nous devions également tourner un jour sur les Aiguilles de Baulmes, dans le Nord Vaudois, mais les mauvaises conditions météo nous ont forcés à changer nos plans.
Nous avons contacté les deux communes (Semsales et St-Martin) et elles ont rapidement accepté de nous mettre leurs forêts à disposition. La commune de Semsales nous a notamment prêté une génératrice. Comme nous avions tourné entièrement en extérieur, nous avions besoin de génératrice pour alimenter nos lampes.
Bien évidemment, il ne suffit pas de trouver un décor idéal pour pouvoir y tourner. Il faut également établir une base, pour stocker le matériel, manger, préparer les comédiens, se reposer, s’abriter en cas de pluie, aller aux toilettes, etc. Et il faut que cette base soit accessible en voitures et camionnette, pour pouvoir y amener tout le matériel. A Fiaugères et Besencens, la base était une grange chez mes parents. Les décors se trouvaient à moins de 3 minutes en voiture.
A Semsales, nous avons tourné dans les hauteurs du village, à environ 15 minutes. Nous avons donc dû trouver des décors proches d’un chalet d’alpage (celui de Patrice Papaux, dans notre cas). Une région aussi «isolée» nous permettait d’une part d’être discret, à savoir de ne pas embêter le voisinage lorsque nous tournions de nuit, et d’autre part, de ne pas avoir de problème de bruit pendant le tournage (voitures qui passent, personnes qui parlent, tondeuse à gazon, etc.). Seuls quelques avions, au bruit trop moderne pour notre film historique, nous ont parfois forcés à arrêter les prises.
Dans les deux cas, nous avons utilisé un tracteur pour amener du matériel (technique et décoration) proche du décor. Ce fut notamment le cas à Besencens, où nous avons acheminé une fausse soucoupe volante, construite à Fiaugères.

Conditions de tournage favorables
Nous avons tourné fin octobre. Le matin du premier jour de tournage, il neigeait sur le décor. Heureusement, le planning prévoyait de commencer à tourner en milieu d’après-midi, et la neige a eu le temps de fondre.
De manière générale, nous avons eu énormément de chance avec la météo. Le tournage s’est déroulé sur 5 jours, totalement en extérieur. Nous avons seulement eu une petite heure de pluie lors du deuxième jour. Sinon, le temps était sec et le ciel était plutôt nuageux, ce qui est un temps idéal pour tourner en extérieur. En effet, si le soleil est présent, c’est très difficile d’assurer les raccords de lumière. Une scène – qui représente peut-être une minute dans le film – peut parfois se tourner sur 4-5 h.
Comme le soleil change de position dans le ciel, la lumière et les ombres ne sont pas les mêmes. Avec un ciel nuageux, on est presque comme en studio, où on peut maîtriser la lumière de façon artificielle (avec nos lampes).
Nous avons eu un autre problème météo, plus conséquent celui-ci. La 4e journée de tournage devait avoir lieu à Sainte-Croix, dans le Nord Vaudois. Mais arrivés sur place, nous avons vite remarqué que la journée allait devoir être annulée et reportée: on ne voyait pas à 20 mètres à cause d’un épais brouillard. Nous avons attendu durant trois heures, espérant que cela allait se dégager, mais ce ne fut pas le cas. Nous sommes alors partis avec mon coréalisateur, le chef opérateur (responsable de l’image) et la productrice en repérage à Semsales, pour tenter de trouver un «cover set», un décor secours. Et heureusement, nous l’avons trouvé, car le brouillard est resté présent à Sainte-Croix durant toute la semaine…

Sortie du film et festivals
Le tournage a eu lieu en octobre 2014. Et le film vient de se terminer. La post-production – étape située après le tournage – s’est étalée sur plus d’une année. Le montage a eu lieu de décembre 2014 à mai 2015, la plupart du temps les week-ends, car nous travaillons tous à côté la semaine. La suite de la post-production (montage son, bruitage, musique, étalonnage et effets spéciaux) a duré de juin à décembre 2015. Comme pour le montage, le rythme, plutôt lent, a été dicté par nos agendas chargés.
Mais ce n’est pas fini. C’est maintenant que sa vie commence réellement. Nous devons l’envoyer voyager à travers le monde dans les festivals. Et c’est une étape très importante, car tout ce qui a été fait jusqu’ici prend alors tout son sens, lorsque le public découvre enfin le film. La sortie du film est prévue en mars.