Sortie anticipée du nucléaire, une balle dans le pied !

Jean-Rémy Chevalley, municipal et député, Puidoux  |  Après les évènements malheureux de Fukushima provoqués rappelons-le par un séisme de magnitude 9 qui a engendré un tsunami avec des vagues jusqu’à 30 mètres de haut, des décisions ont été prises à la va-vite et sans le recul nécessaire à une planification réaliste, sensée et économique au niveau énergétique.

L’Allemagne a débranché 7 centrales nucléaires, mais pour pallier le manque d’énergie, elle a remis en fonction de vieilles centrales thermiques à charbon en utilisant du combustible provenant de Russie et des Etats-Unis, ces centrales étant amorties de longue date, les coûts de production sont négligeables et permettent une vente du KW/h  sur le marché à des prix défiant toute concurrence, paralysant de ce fait les immenses installations éoliennes espagnoles, mettant en péril les transformations et modernisations de nos ouvrages hydrauliques et déstabilisant l’ensemble de la production électrique européenne. Notre pays a vu fleurir des milliers de microcentrales à énergie photovoltaïque, énergie d’avenir certes, mais notre réseau de transport et de distribution n’était pas prêt pour gérer des changements si importants, si bien qu’aujourd’hui encore l’électricité produite par cette immense surface de panneaux qui vieillit déjà ne peut pas être utilisée à pleine capacité par manque de gestion efficace et coordonnée.

En sortant de manière anticipée du nucléaire, ces effets négatifs ne feront que de s’accentuer et nous ne pourrons en aucun cas pallier le manque d’énergie avec la seule énergie renouvelable, sans d’abord transformer et améliorer notre réseau de transport et de distribution ainsi que sa gestion. Nous devrons encore réaliser de nombreuses transformations d’ouvrages hydrauliques pour permettre le stockage de l’énergie grâce au pompage-turbinage; nous devrons avoir des sources de production diversifiées comme le thermique, le solaire, l’éolien, l’hydraulique, la cogénération ou la méthanisation, et l’ensemble de ces techniques formeront le puzzle de notre futur énergétique, mais sans cet ensemble, une garantie de production et de distribution serait bien aléatoire.

Mais pour y arriver, il faudra que les esprits égoïstes ainsi que certaines organisations et mouvements cessent de remettre en cause continuellement, et recours après recours, la construction de ces ouvrages indispensables pour préparer l’après-nucléaire. Il faut savoir que suite à ces recours systématiques, aucune éolienne n’a pu être construite dans le canton de Vaud à ce jour! Un non-sens et une aberration.

Une sortie anticipée du nucléaire aurait également des effets directs sur l’environnement car notre industrie s’approvisionnerait entièrement à l’étranger, notre production électrique n’étant plus garantie et avec des coûts beaucoup trop élevés.

Je suis persuadé que la population suisse dans son ensemble est d’accord sur le fait que l’énergie nucléaire doit être remplacée par d’autres moyens et doit progressivement disparaître, mais aujourd’hui nous sommes face à une réalité qui fait que notre production électrique dépend du nucléaire; nous devrons en sortir, mais pas n’importe comment et surtout pas anarchiquement.

La Confédération et les cantons élaborent une sortie progressive du nucléaire laissant le temps et les moyens financiers pour une mise en place logique et réaliste de notre futur énergétique, rien ne sert de brûler les étapes. Il est bon de rappeler que nos centrales nucléaires sont loin d’être usées et surtout amorties; un démantèlement anticipé aurait immanquablement de grosses répercutions sur le prix du KW/h; de plus nos centrales sont entretenues de manière rigoureuse et stricte et sont des modèles de sécurité. Evidemment le risque zéro n’existe pas, mais il faut savoir faire la différence entre un risque élevé ou minime.

Ce qui est sûr c’est que si nous choisissons la sortie anticipée, nous courrons un risque élevé de coupures d’électricité et ceci dès la fin de l’année 2017 ; nous devrons avoir recours à de l’énergie étrangère produite par des usines nucléaires ou des centrales à charbon et deviendront ainsi dépendants et surtout, ceci est grave, nous retarderons grandement la mutation de notre réseau électrique.

Alors pour ne pas se tirer une balle dans le pied et rendre l’avenir de notre production énergétique totalement boiteux, je voterai et vous invite à voter NON à cette initiative le 27 novembre prochain.