Situation forestière aux couleurs d’automne

Assemblée générale du groupement forestier Broye-Jorat

Gil. Colliard  |  Mercredi 24 septembre, les délégués du Groupement forestier Broye-Jorat se sont retrouvés dans la jolie salle communale de Syens, pour l’Assemblée générale d’automne, conduite par son président, Jean-Claude Serex, afin d’adopter le budget 2019 et prendre des nouvelles de nos forêts. Nouvelles en demi-teinte: tempête de janvier, déficit hydrique de l’été et l’automne, bostryche mettent les peuplements forestiers sur le gril. Cependant, le terrain asséché favorise le travail des entreprises. 

La délégation Broye-Jorat en Finlande, équipée pour assister à une démonstration des processeurs Ponsse

Prévisions 2019, organisation, manifestation et voyage

Le budget 2019, élaboré avec prudence, prévoyant toutefois une baisse du coût à l’hectare pour l’ensemble des membres (2018: Fr. 101.75/ha – 2019: Fr. 90.60/ha) a été accepté unanimement. Lors de son rapport, Daniel Sonnay, président du comité a exprimé son contentement relatif au bon fonctionnement de son groupement. Le jeune garde forestier, Matthieu Détraz, engagé en début d’année, s’est parfaitement intégré. L’ambiance de travail est excellente. Le départ à la retraite d’Eric Sonnay, garde forestier de la Haute-Broye, entraînera, avec regret, une refonte de l’organisation pour le milieu de l’an prochain. Le 5 mai, la météo clémente et l’engagement de chacun, dont les entreprises forestières, ont fait de la Fête de la forêt, organisée dans les bois du Chanay, à Oron, une belle réussite. Le grand nombre de visiteurs a prouvé l’intérêt du public pour cette thématique. Du 29 septembre au 3 octobre, 18 personnes du groupement ont pris part au voyage en Finlande, organisé par Marc Rod. Un pays recouvert à 72% par la forêt. «Grâce au contact sur place lié par l’entreprise Daniel Ruch SA, nous avons visité l’une des plus grandes fabriques de processeurs, qui nous a fait vivre l’évolution de la hache à nos jours. Ce que j’ai particulièrement retenu c’est que la première machine créée par son fondateur: une grue soudée sur un camion, qui ne ressemblait à rien fut baptisée «Ponsse», du nom d’un chien du village, particulièrement laid et donna le patronyme à l’entreprise mondialement connue» relate Daniel Sonnay. «Nous nous sommes aussi rendus dans une impressionnante scierie de par son ampleur et son fonctionnement. Un scan de chaque bille (80% du pin), à son entrée détermine son utilisation. Nous avons suivi le parcours de l’arbre à la planche. Dans deux ans, nous pourrions envisager de voir de la planche au collage» conclut-il.

Rapport forestier présenté par Matthieu Détraz

Les 3 et 4 janvier, la tempête Eleanor a particulièrement ébranlé nos forêts, causant 2000m3 de chablis, soit le 15% de la possibilité de coupes annuelles sur le territoire géré par le groupement. Des rafales à 130 km/h ont été enregistrées sur Beauregard (Moudon). Profitant du temps sec et du déficit hydrique, le bostryche s’est développé et a dévasté 1600 m3. Alors que le prix du bois stagne (entre Fr. 100.-/m3 et Fr. 110.-/m3), on enregistre une baisse de prix de vente de Fr. 5.-/m3 sur les bois de qualité «d» résultant de ce surplus de chablis. Cependant, ce temps sec a été favorable aux soins culturaux et à la lutte contre les nuisibles. L’exploitation 2018, d’abord retardée par les phénomènes ci-dessus, a rattrapé son retard et même pris de l’avance. Les changements climatiques induiront-ils la mort de l’épicéa en plaine? Il faudra, à l’avenir, compter avec le mélèze et le douglas, plus résistants. 

Adaptation des chemins aux engins d’aujourd’hui et bois, matériau de construction d’avenir

Bonne nouvelle apportée par Gil Loetscher, inspecteur forestier cantonal, les fortes réfections des dessertes, hors des forêts protectrices, seront subventionnées à hauteur de 70%. Les gardes forestiers définiront les chemins fondés susceptibles d’obtenir cette aide financière. Cette idée a été largement défendue par l’association ForêtSuisse, représentant les intérêts des quelque 250’000 propriétaires forestiers privés et publics. D’autre part, dans sa volonté de valoriser nos produits et favoriser les circuits courts, le canton va mettre en œuvre la construction de la Maison de l’environnement, utilisant les bois issus des forêts cantonales (voir encadré). Dans la même veine, la création du gymnase d’Echallens et l’agrandissement de celui de Burier sont dans le pipeline. Didier Wuarchoz, directeur de La Forestière, coopérative chargée de commercialiser les bois, a présenté Angelo Ciculla, le nouvel agent commercial, fort d’une riche expérience dans le domaine forestier, avant de donner des nouvelles du marché. Le phénomène (tempête et bostryche) est européen. Il est particulièrement gravissime pour l’Allemagne qui comptabilise 30 millions de m3 de chablis. Chez nous, le retard se résorbe et le bois peut être acheminé pratiquement normalement. La situation a été tendue pour les scieries industrielles (Zahnd SA et Desponds SA). Cependant, l’arrivée de bois frais a été bien accueillie par les petites scieries. « Des petites scieries, appréciées des charpentiers, qu’il faut favoriser vu leur proximité » martèle Daniel Sonnay concluant la séance par ces mots: « La forêt se porte bien, mais il faut savoir ce que nous voulons en retirer demain ».

Le bâtiment de la future Maison de l’environnement trouvera sa place sur le site de Vennes. Il accueillera à l’horizon 2020 quelque 160 collaboratrices et collaborateurs de la DGE (Direction générale de l’environnement) actuellement répartis sur plusieurs centres. Le choix s’est arrêté sur le projet «Dikhotomia» de l’entreprise JPF-SA installée à Bulle. La construction associera un extérieur en bois et un corps central en pisé. Une première dans le canton. Cette nouvelle construction se doit d’être une référence en matière de développement durable, entrant dans le cadre budgétaire de 18.1 millions de francs. Les techniques mises en œuvre sont innovantes, avec l’utilisation intensive du bois des forêts cantonales, 3000 m3 principalement résineux, préparés pendant les périodes 2018-2019 et 2019-2020, pour la réalisation des façades et de la structure porteuse du bâtiment. Le corps central sera en terre crue, le pisé, technique millénaire, dont on redécouvre le potentiel. Un projet ambitieux alliant circuit court et valorisation des ressources régionales.

Projection Maison de l’environnement

Prudence en forêt

L’accès à nos forêts est en principe ouvert toute l’année, y compris durant la saison des coupes. Les personnes qui fréquentent les forêts doivent rester à distance des chantiers de coupe et de la zone dangereuse qui les entoure, afin de ne pas risquer leur vie et de permettre au personnel forestier de rester concentré sur son ouvrage. Concrètement, il faut respecter :

• les barrages, absolument, car «Chemin barré, vie en danger» 

• les triangles de signalisation qui valent avertissement «Passage autorisé, prudence exigée» 

• dans tous les cas les indications du personnel forestier 

• l’interdiction d’accès aux chantiers de coupe, zones de danger permanent y compris en dehors des heures de travail et les fins de semaines
(en raison de la présence d’arbres déstabilisés, de branches sous
tension, etc.) 

• les piles de bois qui ne sont pas des structures d’escalade et sur lesquelles il est très dangereux de grimper