Sécheresse 1/2
Quand l’eau vient à manquer

Pâturages jaunis, réserves de fourrage déjà entamées et sources qui tarissent. La sécheresse qui sévit depuis mai pèse sur les exploitations agricoles de la région.
A Palézieux-Village, les quelque 300 bovins de la ferme Ramseyer ont continué à sortir quotidiennement cet été. Mais dès le mois de juillet, il n’y avait parfois plus grand chose à manger : « On les sortait encore tous les jours, mais il n’y avait quasiment plus rien dans les pâturages », raconte Eric Ramseyer. Les quelques pluies tombées depuis ont permis à l’herbe de reprendre un peu de couleur et de hauteur, mais pas suffisamment pour rattraper plusieurs mois de sécheresse.
Mais qui dit manque de pluie, dit aussi de grosses chaleurs. Avec des températures qui ont fréquemment dépassé les 30 degrés, les vaches laitières ont souffert : « A 35 degrés, c’était dur pour elles, comme pour tout le monde d’ailleurs », explique l’agriculteur avec le sourire. Connu pour sa personnalité optimiste, Eric préfère regarder le verre à moitié plein. Même s’il a constaté davantage de mammites, des inflammations des mamelles qui nécessitent un traitement. Difficile pour lui de donner un chiffre précis, mais sa facture vétérinaire du mois d’août a plus que doublé par rapport à celle de la même période de l’année passée. Un cas loin d’être isolé, car nombreux sont les autres agriculteurs de la région à connaître une situation similaire.
L’hiver en ligne de mire
Les fortes chaleurs ont aussi coupé l’appétit des animaux. Avec derrière, une baisse de la production de lait. « C’était pénible pour les bêtes et pour nous aussi », détaille Eric Ramseyer. « Rien de dramatique pour autant », insiste l’agriculteur. « Aucun animal n’a dû être abattu et la situation reste gérable ».
C’est peut-être davantage cet hiver et surtout au printemps que les effets de la sécheresse se feront sentir. Car qui dit moins d’herbe aujourd’hui dit aussi moins de fourrage en stock. Eric Ramseyer a déjà commencé à puiser dans ses réserves. Habituellement, il essaie d’en avoir suffisamment pour tenir jusqu’à la fin du mois de mai. Cette année, il sait déjà que les stocks n’iront probablement pas jusque-là.
Mais des solutions existent pour assurer l’alimentation des bovins durant la saison froide. « Il reste notamment le sorgho ». Une céréale utilisée comme fourrage, qui présente surtout l’avantage de bien supporter la chaleur et le manque d’eau. La récolte devrait se poursuivre jusqu’à la mi-novembre. « Il devrait encore pousser d’ici là. Il l y aura quand même du fourrage. » De quoi récupérer encore quelques réserves. Et pour le reste, l’exploitation peut jouer sur les rations, en ajoutant notamment de la paille et d’autres aliments. « On va passer l’hiver. Ça ne va pas être si simple, mais on est plus ou moins organisé. »
Danse de la pluie
Et puis il y a forcément l’eau. Habituellement, les deux sources privées de l’exploitation couvrent entre 85 et 90 % des besoins. Cette année, elles ne suffisent plus. Il faut donc davantage ouvrir le robinet du réseau. Et avec 300 bovins, les litres défilent vite. Entre l’abreuvement des animaux et le lavage des installations, la ferme en utilise entre 12’000 et 15’000 par jour. « On va augmenter notre facture d’eau, ça, c’est sûr ». De quoi réfléchir à la suite. Dès l’année prochaine, Eric Ramseyer prévoit de miser davantage sur des cultures qui résistent au sec, comme le sorgho ou la luzerne. « S’il fait sec ces prochaines années, il faudra s’adapter. Il n’y a pas 36’000 solutions. » Et si les sécheresses venaient à se répéter, avoir moins de bêtes pourrait aussi devenir une option. « A un moment, s’il faut tout acheter, ce n’est plus viable. »
Mais pas question de tirer des conclusions après un seul été. A 64 ans, Eric Ramseyer se souvient de 1976, année déjà particulièrement sèche. « Et en 1977, on n’arrivait pas à faire les foins parce qu’il pleuvait tout le temps ». Alors pour la suite ? Il préfère encore voir le verre à moitié plein : « Je reste optimiste. »

L’or bleu des feux bleus
Le manque d’eau touche aussi les pompiers. Le SDIS Oron-Jorat a connu plusieurs départs de feu dans des champs cet été. Fin juillet par exemple, quelque 300 m² sont partis en fumée du côté de Vucherens. Sans conséquence plus importante, l’herbe étant sèche, mais relativement rase.
Mais la sécheresse complique aussi les interventions. Avec des cours d’eau au plus bas, certains points de prélèvement deviennent inutilisables. Un problème qui peut être rencontré lors d’importants incendies, comme des feux de ferme. «Sur ce type de sinistre, on a besoin d’énormément d’eau au tout début», explique le commandant Yannick Arnould. Il faut alors organiser des transports et aller chercher l’eau plus loin. «Cela devient un facteur limitant important pour nous.»


