Rencontres sur les chemins de Romainmôtier

Jean-Gabriel Linder  |  Samedi 8 octobre, sous la houlette d’Armand Deuwaert de l’Association du Vieux Lavaux, le public était invité à marcher sur les pas des Huguenots et des Vaudois du Piémont, le long des chemins de Bretonnières à Romainmôtier, puis à Croy.

A Romainmôtier, la balade historique amena ses participants à rencontrer deux anciens enseignants, Pierre-André Glauser et Michel Gaudard; le premier fut conseiller municipal à Corsier-sur-Vevey, le second, syndic de Romainmôtier.

Depuis 2014, Pierre-André Glauser préside l’Association «VIA – Sur les pas des Huguenots et des Vaudois du Piémont en Suisse», qui fait partie de l’association internationale du même nom, labellisée «Itinéraire culturel européen» par le Conseil de l’Europe. Cette association réhabilite un «chemin de liberté» passant par Genève qui a vu transiter les disciples de Pierre Valdo, dont ils tirent le nom de «Vaudois», et les Huguenots français protestants, tous fuyant la persécution catholique et les massacres pour se réfugier dans les pays protestants voisins, après la révocation de l’Edit de Nantes en 1685. La Suisse accueillit alors environ 20’000 exilés, l’Allemagne 30’000, les Pays-Bas 65’000, qui échappaient ainsi à leurs tortionnaires et assassins catholiques du Duché de Savoie et du Royaume de France. Aujourd’hui, le chemin historique, partiellement réhabilité, part de Saluzzo pour les Vaudois du Piémont, et du Poët-Laval dans la Drôme provençale pour les Huguenots; il conduit via Genève, Romainmôtier et Schaffhouse jusqu’à Bad Karlshafen en Allemagne, sur 1700 km; des variantes et prolongations sont en cours d’étude – voir http://www.surlespasdeshuguenots.eu/,

http://www.via-huguenots.ch/ et http://www.hugenotten-waldenserpfad.eu/.

Après un apéritif apprécié, servi à la Grange de la Dîme par Olivier Grandjean de la Fondation de Romainmôtier, M. Gaudard qui, en 2012, s’était vu décerner par le ministre français de la Culture et de la Communication le titre de Chevalier de l’ordre des Arts et Lettres en reconnaissance de son action de président à la tête de la Fédération européenne des sites clunisiens (2004-2014), présenta les grandes étapes historiques de l’abbaye de Romainmôtier, dont la fondation attribuée à saint Romain remonte à un premier monastère, en 450, avec une modeste église, au bord du Nozon. Au 8e siècle, les moines adoptent la règle de saint Benoît. En 888, Rodolphe 1er, roi de Bourgogne transjurane, donne le monastère à sa sœur Adélaïde qui, vers 929, en fait donation à Odon, abbé de l’abbaye de Cluny. Jouissant dès lors d’une grande indépendance, le monastère se développe, il est très convoité par ses voisins, notamment le seigneur de Grandson; il faut la visite du pape Léon IX, en 1049, pour en garantir la sécurité et la pérennité jusqu’à sa confiscation par Berne en 1536.

Les Bernois détruisent le prieuré, le cloître et de nombreux bâtiments; ils transforment l’église en cellier et dépôt de céréales; iconoclastes, ils en détruisent les statues et badigeonnent les fresques, au nom de la Réforme protestante.

A l’écoute de ces faits d’anciennes guerres religieuses, d’aucuns n’ont pas manqué de faire le rapprochement contemporain avec les Syriens en exil, fuyant leurs villes détruites par la guerre, ainsi que la destruction d’une partie de l’antique ville de Palmyre, héritage universel des Romains.