Pully – Une fascinante plongée dans l’univers des jeux romains

© Le Courrier-G.Pop

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Superbe espace muséal interactif qui abrite les vestiges de la Villa romaine du Prieuré, à Pully, l’ArchéoLab présente une nouvelle exposition intitulée « Quel cirque ! Jeux et spectacles chez les Romains ». Jusqu’au 4 juillet 2027, elle invite petits et grands, ainsi que les classes des écoles, à découvrir les courses de chars, les combats de gladiateurs, ainsi que les performances théâtrales qui captivaient les Romains.
Les visiteurs, passionnés au non d’archéologie, se laisseront certainement surprendre par les animations en 3D des grands sites réservés aux spectacles romains ; par la cartographie animée des édifices de Lugdunum (Lyon), et de l’Helvétie romaine, et peut-être davantage encore par la reconstitution animée des trois grands ensembles de spectacles à Rome : le Circus Maximus qui accueillait les courses de chars ; l’amphithéâtre flavien, autrement dit le Colisée, où les foules assistaient aux combats de gladiateurs, et le théâtre de Pompée, destiné aux comédies, tragédies et autres spectacles musicaux antiques, etc.
Le riche parcours, entre les murs vénérables de la villa antique, associe aussi bien le virtuel que le réel. Divers rares objets d’époque sont à découvrir, ainsi que la grande fresque semi-circulaire à l’aurige (le conducteur de char) de la villa romaine. Longue de 15m, elle est la plus grande jamais découverte sur le sol suisse.
Il a fallu – incomplètement malheureusement – la recomposer, pièce par pièce, à la manière d’un puzzle géant, l’œuvre ayant été découverte « éclatée » en 80’000 fragments. Ce travail de bénédictin a pris dix ans. Il a été accompli grâce à l’expertise du restaurateur Dieter Ohlhorst, hautement spécialisé dans la sauvegarde et la restauration des peintures murales antiques et des vestiges archéologiques.
Sous le regard réjoui du souriant conservateur, Aurèle Cellérier, l’auteur de ces lignes s’est amusé comme un gamin au jeu du vrai ou faux à propos des jeux du cirque : Tous les combats se terminaient-ils par la mort d’un gladiateur ? Le pouce baissé signifiait-il la mise à mort du gladiateur ? Existait-il des gladiatrices ? Les spectacles étaient-ils gratuits ? etc. Pas question de donner ici les bonnes réponses. A vous de jouer !
Les plus jeunes, tout comme celles et ceux qui ont gardé une âme d’enfant, ne risquent pas de s’ennuyer : les costumes sont en libre-accès pour entrer dans la peau d’un gladiateur, d’un acteur ou d’ un aurige ; il est possible de « dialoguer » avec un gladiateur, un tragédien ou un aurige et – cerise sur le gâteau – un oracle répond aux visiteurs soucieux de connaître leur destin dans l’arène… Les tout petits (4-7 ans) pourront, quant à eux, sous la garde de médiateurs bienveillants, s’occuper lors de séances de lecture, de création de masques et de courses de chars miniatures. L’exposition vient de prendre ses quartiers dans la Villa romaine de Pully, après avoir connu un grand succès à Lugdunum, le Musée et théâtres romains de Lyon. Elle s’inscrit dans la suite de la saison culturelle La Villa dans tous ses états, dédiée aux jeux et spectacles antiques. Elle vous attend !
Les mystères de la Villa romaine du Prieuré

© Pully – Bernard Reymond d’après Pierre André
Moins célèbre que les vestiges découverts à Vidy, la Villa romaine de Pully n’en est pas moins fascinante. Les premiers objets et structures de son site furent identifiés dès le début du XXe siècle, notamment par l’archéologue Albert Naef. Mais ce n’est qu’en 1971 que des travaux ont fortuitement mis au jour l’ensemble de cette luxueuse villa dont une bonne partie reste enfouie sous la cité médiévale et la ville moderne. En 1981, un abri-musée fut installé pour protéger les précieux vestiges. L’ArchéoLab fut, lui, inauguré un peu plus de dix ans plus tard.
Les fouilles, qui se sont poursuivies pendant plusieurs décennies, ont révélé une architecture monumentale en terrasses, des thermes, des jardins, ainsi qu’un vaste édifice principal avec ses impressionnantes peintures murales. On sait que l’ensemble date du 1er siècle et du IIe après J.-C. Mais de nombreuses zones d’ombre subsistent.
On ignore, par exemple, qui étaient les habitants du site. Mais la taille de la villa, bâtie sur une surface comparable à celle d’un terrain de football, laisse supposer la présence d’une élite extrêmement fortunée – peut-être un aristocrate ou un dignitaire local – vivant avec sa suite et ses esclaves. Des activités agricoles étaient-elles liées à cette demeure ? Etait-elle un simple lieu de villégiature, ouverte sur le panorama du lac et des Alpes ? On ne le sait pas !
Les archéologues ont établi que la villa fut occupée et agrandie jusqu’aux alentours de 180 après J.-C. Après quoi, elle semble avoir connu un déclin progressif. On ignore les causes exactes de son abandon. Peut-être des troubles politiques ou économiques, des attaques, voire un glissement de terrain… Le fait est que le site fut oublié. Les plans cadastraux du XVIIe siècle ne mentionnent plus que le Prieuré médiéval, sans garder la mémoire de ces trésors archéologiques.
Selon une hypothèse généralement admise, le nom de la commune de Pully serait issu de celui de « Pulliacum », lui-même dérivé de « Pollius » ou « Pullius », le patronyme d’un riche propriétaire romain. A-t-il été l’un des maîtres des lieux ? C’est possible ! Mais aucun document épigraphique n’a permis de confirmer formellement l’identité de la riche famille propriétaire de ce vaste domaine.

Un conservateur passionné
Les trois musées de Pully, le Musée d’art, l’ArchéoLab et La Muette, un espace littéraire dédié à C.F. Ramuz, sont dirigés par l’historien de l’art, commissaire d’exposition et artiste Niklaus Manuel Güdel. Parmi la quinzaine de collaborateurs qui le seconde figure Aurèle Cellérier, 37 ans, le cordial et volubile conservateur de l’ArchéoLab, intarissable sur l’histoire romaine, celle de son musée et de la villa romaine qu’il abrite.
Et lorsqu’on lui fait remarquer qu’il porte le nom d’un empereur-philosophe romain (Marc Aurèle, popularisé dans le film Gladiator), il se contente de répondre, avec un petit sourire entendu : « J’étais sans doute prédestiné. » Manifestement, ce n’est pas la première fois qu’on lui fait le coup. « Mon papa, pasteur, était passionné d’histoire, et ma maman adorait les musées où elle nous emmenait en visite », nous a-t-il confié. Pourtant, ce n’est pas l’archéologie qui l’a d’abord séduit : « J’ai fait des études de géographie et d’ethnologie, à Neuchâtel et Genève. Puis je me suis perfectionné en muséographie. C’est ce qui m’a valu mon poste ici à Pully », explique-t-il.
Heureux comme un poisson dans l’eau dans cet univers qu’il maîtrise à la perfection, il se réjouit des projets d’agrandissement et de conservation de « son » musée et de la villa qu’il abrite. « La phase d’étude a été financée et achevé par la commune. On attend la phase de réalisation », précise-t-il.
Son seul regret : « Beaucoup de gens dans la région ignorent encore notre existence et les trésors que nous détenons ici. C’est dommage ! Mais nous sommes partis de presque rien et nous accueillons malgré tout plusieurs milliers de visiteurs chaque année. » Bref, si vous voulez vraiment lui faire plaisir, il vous suffit de franchir sa porte. Il n’attend que ça !


