Pully – Une crèche privée ferme du jour au lendemain et laisse des familles sans solution de garde
La veille encore, tout semblait normal. Mais au matin, les portes de la crèche « Ô Petits Soleils » restent closes. Une trentaine de familles découvrent que la structure ne rouvrira pas et se retrouvent sur le carreau.

«Contre toute attente, et contrairement aux informations qui m’avaient été communiquées à plusieurs reprises, l’activité a dû cesser immédiatement ». Ces mots, ce sont ceux issus du courriel adressé aux familles par la directrice de Ô Petits Soleils. Sophie Haldemann explique avoir tenté de préparer une fermeture progressive de la structure au 31 mars, en accord avec les propriétaires du bâtiment. Pourtant, la faillite, prononcée le 2 de ce même mois, a finalement entraîné l’arrêt immédiat de la crèche privée.
Face à cette situation, la commune de Pully assure également avoir été prise de court. « Cette structure relève du domaine privé et non du domaine public. Nous n’avons donc pas de levier d’action direct. Néanmoins la Commune a orienté les familles vers la Fondation de l’Enfance et la Jeunesse et vers l’accueil familial de jour. Les discussions avec les familles sont en cours », rappelle Jean-Marc Chevallaz, municipal en charge de la jeunesse. « Il y a eu une résiliation de bail posée par le propriétaire il y a environ 18 mois. Dans les discussions que nous avions eues avec la directrice, cette information ne nous avait pas été transmise. »
Chronologie contestée
La directrice livre toutefois une lecture différente des événements. Dans plusieurs courriels transmis à notre rédaction, Sophie Haldemann affirme avoir entrepris des démarches afin d’organiser « une transition la plus responsable possible pour les enfants et les familles ». Selon elle, la crèche a fait l’objet d’une décision d’expulsion des locaux au début du mois de février et un accord aurait ensuite été trouvé avec le bailleur pour fixer la fin du bail au 31 mars 2026.
Des familles prises de court
Pour certains parents, l’annonce a été d’autant plus brutale que la fermeture annoncée initialement ne devait intervenir que plusieurs semaines plus tard. Une mère de famille, que nous appellerons Agathe, explique avoir été informée à la mi-février d’une fermeture prévue à la fin du mois de mars. « On nous avait expliqué que la crèche fermerait le 27 mars et que les conditions de garde resteraient identiques d’ici là », raconte-t-elle. « La direction n’a jamais parlé de faillite. »
Traditionnellement, les parents se retrouvent à payer la facture de garde avant le 10 de chaque mois pour le mois en cours. Comme la fermeture était annoncée au 27 mars, plusieurs familles adaptent leur paiement afin de ne régler que les jours effectifs de garde. Mais quelques jours plus tard, un nouveau courriel de la direction évoque finalement une fermeture au 31 mars et demande aux parents de payer l’intégralité du mois. Selon nos informations, la direction aurait alors assuré que la structure resterait ouverte jusqu’à cette date. Beaucoup de parents se sont exécutés.
Mais le 4 mars, la situation bascule. « Nous avons été contactés par téléphone individuellement par l’Office des faillites pour venir récupérer les affaires de nos enfants, sinon, elles seront jetées », poursuit Agathe. Les parents doivent alors se rendre sur place pour récupérer les effets personnels de leurs enfants, en présence d’huissiers. Les parents échangent alors entre eux de la situation, mais également avec le personnel de la crèche : « Certains éducateurs présents ont indiqué ne pas avoir reçu leur salaire pour le mois de mars et évoquent également des manquements en janvier. »
Une facture salée pour les familles
Pour les familles, cette fermeture a également un impact financier. « Nous avons payé plus de 2000 francs pour le mois de mars, alors que la crèche a fermé quelques jours plus tard », explique Agathe. Au-delà de la question financière, c’est surtout l’organisation familiale qui se retrouve bouleversée. « Trouver une solution de garde au pied levé est très compliqué, surtout lorsque les deux parents travaillent », poursuit-elle.
Certaines familles ont dû compter sur l’aide des grands-parents ou poser des congés en urgence, avec potentiellement des retenues sur salaire. D’autres ont déjà trouvé une solution provisoire ou durable dans une autre structure privée, parfois plus éloignée de leur domicile. La priorité reste désormais de trouver une solution sur le long terme pour la garde de leurs enfants, dans un contexte où les places en crèche publique demeurent particulièrement rares.
De son côté, la directrice Sophie Haldemann affirme que la fermeture de la structure résulte d’un enchaînement de procédures administratives et judiciaires. Dans ses courriels, elle rappelle notamment que la crèche faisait l’objet d’une procédure d’expulsion des locaux et assure par ailleurs « qu’aucun enrichissement personnel n’a été réalisé et que les paiements effectués par les familles ont été utilisés pour couvrir les charges courantes de la structure, notamment les salaires du personnel éducatif. »


