Présence Absence

L’hiver est enfin arrivé. Son manteau blanc se dépose doucement depuis deux semaines, couvrant les aspérités et adoucissant le paysage. Les formes et les bruits en sont atténués et la pureté et la luminosité si particulières à cette saison enchantent petits et grands. Le tourisme hivernal se relève lentement de sa panique météorologique et financière et panse ses plaies, mais il y aura toujours quelques gratteurs de pare-brise et autres empêcheurs de glisser en rond qui continueront à n’y voir que du noir.
Cette blancheur qui cache la réalité du paysage nous révèle pourtant d’autres choses. Toute une catégorie de personnes qui œuvrent dans l’ombre grise du petit matin et qui permettent à tout un chacun de continuer à vaquer à ses occupations quotidiennes sans trop se soucier des conditions météorologiques du jour. Ces hommes et femmes, dont l’absence est la simple preuve de leur présence. Au petit matin, ils déblaient routes et trottoirs pour que le quidam puisse s’ébahir devant tant de beauté les pieds bien au «sec». Encore une fois, certains pisse-froid matinaux n’y verront que la lenteur du chasse-neige qui s’obstine à ruiner leur carrosserie avec son sel corrosif en restant devant eux.
Le bonheur n’a pas d’histoire, par conséquent nous n’en parlons pas. Mais que survienne un incendie, un accident et immédiatement tout le monde s’en empare. Le spectaculaire a de tout temps eu meilleure cote au Café du commerce et dans certains médias. Les multiples canaux médiatiques qui n’annoncent que des catastrophes font le buzz et tiennent le haut du pavé, et étrangement nous nous délectons de telles nouvelles malgré nos démentis hypocrites. L’humain semble ainsi fait.
Que les choses se passent bien est normal, banal et acquis. Seul l’accident spectaculaire relève de l’extraordinaire et mérite un sujet de Une.
Dans un souci de remettre l’église au milieu du village, votre hebdomadaire vous propose dans son édition hivernale un petit regard sur ceux grâce à qui nous pouvons considérer la neige comme un joli décor saisonnier. Un hommage mérité à tous ceux qui brillent par leur absence, un journal de bonnes nouvelles en somme.