Politique locale – Economie et démocratie sociale

Parti Ouvrier et Populaire

Thomas Cramatte | Le Parti Ouvrier et Populaire (POP) a pour objectif de défendre les intérêts des travailleurs sur l’ensemble du pays. Se positionnant à gauche de la gauche sur l’échiquier politique, il puise ses racines dans un socialisme issu de mouvements communistes. Fondé en 1943, le parti au bonnet phrygien s’est engagé dans de nombreux combats en faveur des droits humains.

Anaïs Timofte, présidente du Parti Ouvrier et Populaire vaudois

Interdit

Il faut remonter à la fin de la première guerre mondiale pour voir apparaître le premier parti communiste en Suisse. En 1918, « Les Vieux Communistes » sont créés dans le but de s’opposer au capitalisme et souhaitent ainsi instaurer une société dépourvue de classes sociales. Pour comprendre cette démarche, il est nécessaire de se replonger dans le contexte de l’époque. L’Europe, alors traumatisée par la guerre, doit se reconstruire et se réorganiser. Sous l’impulsion de Lénine, un mouvement venu de l’URSS s’invite dans les pays du vieux continent. Regroupant les partisans du communisme soviétique, cette mouvance ne séduit pas le parti socialiste suisse (PS). Certains de ses membres décident alors de fonder le parti communiste suisse le 6 mars 1921. « En 1940, le parti communiste est interdit par le Conseil fédéral en raison d’une révolution potentielle dirigée par Moscou », explique Anaïs Timofte, présidente de la section vaudoise du POP. Mais à la suite de plusieurs restructurations et de créations de nouveaux partis politiques à tendance populiste sur l’ensemble du territoire helvétique, le canton de Vaud joue un rôle prépondérant dans la création du parti ouvrier et populaire. En 1943, les anciens membres du parti
communiste suisse et l’aile gauche du parti socialiste fondent le POP. « Le succès était tel que l’on parlait de Lausanne rouge en référence à notre logo (bonnet phrygien rouge avec une petite croix fédérale) une fois le scrutin dévoilé. » Plus tard, au cours des nombreuses années de tension entre les Etats-Unis d’Amérique et l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS), les militants communistes suisses subissent des répressions. Durant les 44 ans de la Guerre froide, certains activistes sont licenciés et, parfois même, agressés. L’anticommunisme est alors instrumentalisé de telle manière que celui-ci marginalise les personnes critiquant le gouvernement et l’armée. Pourtant, le scandale des fiches de 1989 révèle que les autorités helvétiques ont épié quelque 700’000 citoyens. Toutes les personnes portant un regard critique sur le fonctionnement de la société comme les communistes, les activistes de gauche, les écologistes, les pacifistes et autres militants sont méthodiquement surveillés par le gouvernement.

Interview de Anaïs Timofte, présidente du POP vaudois

Quelles différences entre votre parti et le parti socialiste ?

En tant que parti représentant la gauche, il est clair que nous avons beaucoup de points en commun. Mais malgré de nombreux sujets similaires, nous savons pourquoi il n’y a pas un seul et même parti. Nous plaçons au cœur de nos combats la défense des travailleurs et des classes populaires, la redistribution des richesses, et une écologie qui ne s’accommode pas d’un capitalisme vert. Ces différences sont d’autant plus flagrantes dès que l’on se dirige vers le canton ou l’instance fédérale. Nous avons par exemple déposé une initiative parlementaire au Grand Conseil pour la gratuité des transports publics, qui n’a pas été approuvée par le Parti Socialiste.

La cause climatique est une thématique qui revient souvent dans les autres partis, qu’en est-il de votre côté ?

La cause climatique est une priorité pour nous, mais contrairement aux autres partis, nous pensons que les taxes incitatives sont loin d’être une solution. Il existe d’autres options pour réduire notre empreinte carbone sans augmenter les impôts pour les contribuables à revenus modestes. La gratuité des transports publics en est une. Pourquoi encourager les véhicules électriques alors qu’ils produisent une importante pollution dans certains pays ? Cela est un non-sens pour nous. Pourquoi pénaliser les plus pauvres alors qu’ils consomment moins ? Je pense que nous ne partageons pas la même vision générale que les autres partis, car de notre côté, on ne peut pas parler d’écologie sans parler de social.

Quels sont vos objectifs pour cette année ?

Nous avons l’ambition de continuer notre progression. Depuis trois ou quatre ans, le POP fait toujours plus d’adeptes et de nombreux jeunes s’intéressent à nos valeurs. Nous avons changé notre organisation et notre manière de communiquer, cela porte ses fruits et nous désirons continuer sur cette lancée. Nous avons par exemple recréé une section dans le Nord vaudois qui avait cessé son activité. Si nous ne possédons pas de section dans le district Lavaux-Oron, cette région est rattachée à Lausanne. Avec 11 conseillers communaux et 1 municipal, nous espérons vraiment continuer à défendre nos ambitions politiques à Lausanne, mais aussi revenir au sein d’autres communes.

Crise sanitaire et le POP

Le parti de gauche travaille actuellement à la récolte de signatures. Suite à l’urgence économique et sociale générée par la pandémie, une pétition propose de prélever une taxe Corona sur les fortunes de plus de deux millions. « De nombreux propriétaires de petites entreprises, de travailleurs indépendants et de producteurs agricoles risquent de perdre leurs revenus et donc leur base financière en fermant leur entreprise. De nombreuses familles sont menacées par la pauvreté », informe le site internet du POP. « Une action rapide est nécessaire », poursuit ce dernier. Ce fonds de solidarité sera redistribué aux personnes en détresse financière : « sous la forme d’une contribution spécifique et non comme un prêt, cela permettrait de récolter environ 17.5 milliards de francs en prélevant 2% sur la fortune des millionnaires. » Une action qui pourrait se voir développée autant sur le plan national que communal. Au-delà de cette pétition, le POP désire aussi créer un réseau d’épiceries réservées aux personnes à faibles revenus. « Cela leur permettrait de bénéficier de biens de consommation courants à des prix abordables », renseigne Anaïs Timofte. Subventionnée et gérée par la capitale vaudoise, cette proposition permettrait la réduction des files d’attente pour l’obtention des colis alimentaires.

Faits marquants 

Hormis le succès lié aux élections communales de Lausanne en 1943, le POP a depuis remporté plusieurs victoires politiques. Ce fut par ailleurs le premier parti à instaurer un quota pour les femmes et à présenter une députée au Conseil national (Nelly Wicky en 1971). Plus récemment, la Vaudoise Marianne Huguenin représentait en 2007 le parti ouvrier et populaire au Conseil national. Joseph Zisyadis lui succédera par la suite. L’ancien conseiller communal de la ville de Lausanne redressera la popularité du POP grâce à son militantisme. En effet, son action afin de dénoncer l’impôt dégressif et la sous-enchère fiscale pratiquée dans le canton d’Obwald avait permis au greco-suisse de faire reconnaître cette pratique comme anticonstitutionnelle.