Politique locale – De l’écologie et de l’économie

Vert’libéraux

Thomas Cramatte  | C’est en 2006 que la dénomination Vert’libéraux apparaît pour la première fois. Né de l’exclusion d’un membre des Verts suisses, la création de ce parti centriste allie des ambitions écologiques et libérales. Détenant neuf sièges sur les 150 que compte le Grand Conseil vaudois, les députés Vert’libéraux sont pourtant régulièrement considérés comme membres décisionnaires lors de votations au parlement cantonal. 

Jean-François Chapuisat est député pour le parti des Vert’libéraux au Grand Conseil vaudois

Lignes directrices

Voilà maintenant un peu moins d’une quinzaine d’années que le parti des Vert’libéraux est présent sur le plan national. Avant 2006, seuls les cantons de Saint-Gall et de Zurich ont des membres représentant ce groupement politique. Issus de l’aile libérale de ces deux sections, les Vert’libéraux rencontrent plusieurs succès lors des élections cantonales zurichoises de 2007. Obtenant 10 sièges sur les 180 que compte le Grand Conseil zurichois, les discussions afin de transformer ce parti à l’échelle nationale se multiplient. Il faudra attendre le 19 juillet 2007 pour que cette décision se concrétise. Deux ans plus tard, c’est le canton de Fribourg qui accueille la première section outre- Sarine. Il sera suivi par le canton de Vaud en 2010, totalisant ainsi treize sections cantonales des Vert’libéraux. « En Suisse romande, le point de départ de notre parti est quelque peu différent d’avec les cantons alémaniques. Car ce sont principalement des membres de droite qui souhaitaient maintenir un équilibre écologique et économique. Tandis que pour les sections suisses allemandes, c’est le contraire qui s’est passé », transmet le président de la section Lavaux-Oron, Pierre-Antoine Reymond. « Il s’agissait plus généralement de membres appartenant aux Verts qui ne supportaient plus les positions ultras et antilibérales », souligne l’économiste. Considéré comme petit parti politique du centre droit au Grand Conseil vaudois, cela n’empêche pourtant pas ses membres de faire régulièrement pencher la balance lors de décisions au parlement cantonal. « Nous avons le surnom de faiseurs de rois », renseigne Jean-François Chapuisat, député au Grand Conseil. « Cela s’explique en grande partie en raison des fondements de notre parti. Car nous poursuivons l’objectif d’allier les causes environnementales, sociales et économiques. » 

Interview de Jean-François Chapuisat, vice-président des Vert’libéraux Vaud  

N’est-ce pas utopiste d’allier des valeurs écologiques, économiques et sociales?

Premièrement, il n’y a pas d’écologie sans économie. Prenons l’exemple d’un pays comme Madagascar, allez expliquer à ses citoyens qu’il faut œuvrer en faveur du climat alors qu’une partie de sa population n’a pas accès à suffisamment de ressources alimentaires. Nous devons tenir compte de tout si l’on veut faire un calcul économique cohérent. Pour moi, l’économie circulaire est quelque chose qu’il faut accentuer, car cette manière de consommer sans déchet nous permettra à tous de bénéficier de suffisamment de matière première. A l’image de la nature, les déchets des uns font la matière première des autres.  

Que prévoyez-vous sur le plan climatique au sein de votre parti?

A mon sens, la perte de la biodiversité est l’un des problèmes les plus importants dus au réchauffement climatique. Aujourd’hui, la cause environnementale touche toujours plus les citoyens. Qu’il s’agisse de l’ensemble du pays ou dans l’échelle de notre district, il y a une véritable prise de conscience dans ce sens-là, et heureusement. Si le réchauffement climatique est plus palpable que la perte de la biodiversité, nous souhaitons sensibiliser au maximum pour ne pas subir un effondrement de la biodiversité. Pour nous, tout ce qui touche à la préservation de la biodiversité doit devenir une priorité sur le plan communal et cantonal. Nous avons un programme ambitieux pour atteindre une Suisse climatiquement neutre d’ici 2040. Pour y arriver, notre stratégie «Cool Down» a la volonté de limiter de manière plus stricte les émissions de CO2 des bâtiments, de taxer de façon plus élevée les taxes sur les énergies fossiles et d’imposer plus justement les billets d’avion. 

Quels sont vos objectifs pour cette année dans le district?

Ce qui est très intéressant dans la région, c’est que nous retrouvons quasiment toutes les thématiques présentes sur le plan cantonal. Le monde viticole, agricole, forestier, les problématiques liées à la mobilité, environnementales et sociales, tous ces aspects existent dans notre district. Les membres de notre parti et ceux affiliés via des listes d’ententes luttent en faveur de ces causes dans les diverses communes. 

Faits marquants

En 2017, les Vert’libéraux érigent une liste in extremis en vue des élections cantonales vaudoises. Leur but est alors de gagner un siège au Grand Conseil et de proposer des membres domiciliés dans le district Lavaux-Oron « Avec un budget de tout juste 3000 francs, on est parti de presque rien », renseigne Pierre-Antoine Reymond. « Nous avons constitué cette liste le dimanche soir et l’avons déposée le lundi matin. C’était peut-être de la folie, mais le résultat a été au rendez-vous puisque nous avons appris l’élection du lutryen, Jean-François Chapuisat. » Si une section des Vert’libéraux avait vu le jour à Pully, ses membres n’avaient pas souhaité continuer l’aventure après 2016. Mais sous l’influence des succès cantonaux de 2017, la section régionale des Vert’libéraux est alors remise sur pied en 2020. « Nous nous devions de présenter des candidats au sein des Conseils communaux et aux Municipalités du district. » En vue des élections du 7 mars prochain, le parti écologique et libéral propose ainsi des représentants dans les communes de Pully, Lutry et Bourg-en-Lavaux. En ce qui concerne le haut du district, le président de la section avoue que son parti partira en campagne afin de trouver les habitants de la région oronnaise dès cet été. 

Crise sanitaire et Vert’libéraux 

Le parti centriste soutient actuellement une stratégie de vaccination rapide. « Les Vert’libéraux ne demandent pas seulement une prolongation, mais un renforcement sélectif et approprié des mesures actuelles », informe leur communiqué de presse du 6 janvier dernier. Convaincus que les vaccins contribueront à assouplir progressivement et durablement les mesures sanitaires, les Vert’libéraux souhaitent par ailleurs un démarrage plus rapide du plan de vaccination. Du point de vue des problématiques liées au chômage partiel, le parti à la feuille souhaite renouveler et faciliter l’accès aux prêts Covid. « Il faut faire le gros dos et arrêter de compter ses sous », explique Pierre-Antoine Reymond, président de la section Lavaux-Oron. Il est en effet impératif pour les Vert’libéraux d’éviter une vague de faillites impactant gravement les entreprises et les indépendants. L’obligation d’effectuer un travail à distance doit également être revisitée : « Une simple recommandation n’est pas suffisante, le télétravail devrait être obligatoire dans la mesure où cela est possible », annonce le communiqué. 

Ecologie libérale et Vert’libéraux

Si les Vert’libéraux sont régulièrement comparés au mouvement politique « Ecologie libérale », fondé par Isabelle Chevalley en 2003, leur position sur l’échiquier politique n’est pas la même. En effet, les Vert’libéraux se positionnent comme centriste outre-Sarine, alors que le mouvement fondé par la membre du Conseil national se considère plus à droite.