Oron-la-Ville – Le secret de la bulle de Rachel ?
Des crayons « normaux » contre les pressions du quotidien

Texte et photos Sonia Biétry | Rachel Miranda Becerra, 16 ans, nous ouvre son atelier secret. Le dessin, essentiellement inspiré par la culture manga ou rap, est devenu son outil vital pour survivre au stress scolaire, aux notes et aux devoirs oppressants qui ponctuent certaines périodes.
Par un dimanche, engorgé de pluie, de brouillard automnal et d’une nuit tombante, Rachel me fait l’honneur de m’inviter à plonger dans son univers, au creux de sa chambre (à soi), où ce loisir transcende le simple hobby pour devenir un mécanisme de régulation émotionnelle. Une fenêtre unique sur l’équilibre personnel d’une jeune fille, qui s’ose à créer son propre sanctuaire de liberté.
Dans un quotidien d’adolescents qui assume des contraintes grandissantes – horaires rigides, attentes des professeurs, pression de la réussite -, elle se forge un espace mental où elle est la seule héroïne à bord. Cet acte de puissance folle lui permet de reprendre le contrôle face à un monde extérieur qui, par moment, dicte tout ou tout simplement trop.
Le processus créatif n’échappe pas aux embûches : traits récalcitrants, frustrations techniques. Mais la valeur première de cette bulle, c’est la déconnexion pure. Même la galère d’un dessin imparfait reste une expérience choisie : un challenge ! Au bout du compte, Rachel émerge calme, tranquille, zen – un état méditatif actif, son médicament antistress auto-prescrit, où le geste répétitif du crayon, du pinceau, ancre le cerveau dans l’instant présent.
Manifeste de simplicité radicale Loin des sirènes du consumérisme créatif, elle dessine souvent avec des porte-mines et « des crayons normaux qu’on achète partout au magasin », comme elle aime dire. Des stylos pros ? Elle en a, mais ils ne font pas tout. A une époque où tout hobby semble exiger du matériel haut de gamme, (phénomène amplifié par les tutos des réseaux sociaux et autres modes) c’est un manifeste de simplicité qu’elle partage : « L’outil n’est pas la création ».
Pas besoin d’équipement coûteux pour commencer ; sa bulle n’a aucune barrière à l’entrée.
Cette sobriété la rend portable : un porte-mine, un stylo Bic, suffisent pour recréer son sanctuaire n’importe où, dans un bus ou un coin de classe. Une liberté immense qui démocratise l’Art et invite tous les jeunes (et moins jeunes) à oser, sans excuse matérielle.
Manga : déconstruction pour mieux créerNourrie par les mangas, découverts à 12 ans pendant le confinement – période accélératrice culturelle où tant d’ados fuyaient l’isolement dans des univers narratifs riches comme Naruto, Pokémon ou My Hero Academia -, son inspiration va au-delà de l’esthétique. Elle déconstruit les histoires, dissèque personnages et scénari pour nourrir les siens. Ce n’est pas une copie, mais une digestion profonde, un engagement intellectuel et émotionnel, qui élève ses dessins bien au-dessus du simple mimétisme. Elle choisit ce qui la fait vibrer, assemble trait et couleurs selon son style, sa « patte ».
Le temps, ennemi intime de la passion Les obligations scolaires compliquent un peu le planning rêvé : devoirs et pressions horaires raréfient le temps, menaçant d’étouffer ces espaces vitaux de respiration. C’est le conflit éternel entre ce qui nourrit l’âme et les obligations chronophages. Tension maximale à l’adolescence ou finalement le lot de chacun d’entre nous que d’être devant des choix à faire ?
L’arrivée, micro-victoire stimulante Pourtant, le sommet arrive : terminer le dessin. « J’ai fini mon objectif », clame-t-elle – mot fort qui élève l’esquisse, l’élan, en projet structuré, avec début et fin clairs. L’idée floue de la tête devient une image tangible à contempler. Ce cycle créatif boucle la boucle : fuite du stress initiale, immersion concentrée, puis fierté tangible. Une micro-victoire qui nourrit la confiance en soi face au chaos de certaines journées.
Rachel incarne la créativité comme pilier dynamique d’équilibre : refuge intime portable, ouvert à choix, comme au compte-gouttes, sur son Instagram. Son témoignage universel rappelle que, crayon en main, inspiration dans l’âme, on négocie avec le monde – entre bulle protectrice et connexion maîtrisée – une appétence pour se définir chaque jour, un peu différemment, à travers le prisme de notre création, de nos actes.
Tout un art que de se sentir paisiblement vivant-e, finalement. Et pourtant ! Selon une sage parole… il suffirait d’un stylo tout à fait standard, qu’on achète partout.







