Oron – Ecoteaux fête son champion du monde

A Ecoteaux, au-dessus de Palézieux, le village a fêté samedi son double champion du monde. Benedikt Wüthrich, 38 ans, vient de conquérir pour la deuxième fois le titre mondial de la fondue dans la catégorie professionnelle. Une récompense pour un homme qui a choisi de consacrer sa vie à un métier où rien ne se précipite et où la réussite dépend autant du temps que du geste.
Benedikt avait déjà été couronné lors des premiers Championnats du monde de la fondue, organisés à Tartegnin en 2017 par les vignerons du lieu et l’interprofession du Gruyère. Huit ans plus tard, il recommence. Entre les deux titres, il y a eu le travail, les saisons, les fromages, les clients et cette connaissance patiemment acquise d’un plat qui semble simple jusqu’au moment où l’on essaie de le réussir. Depuis le 1er janvier 2024, Benedikt et sa famille sont établis à Ecoteaux, dans la commune d’Oron.
Une vocation née dans le lait
Benedikt est né à Lieli, en Argovie. Sa mère vient du nord de l’Allemagne, son père est Bernois. Lorsqu’il avait deux ans, ses parents s’installèrent dans une ferme à Puidoux-Chexbres. Il grandit ainsi au milieu des travaux agricoles, dans un monde où les choses ont encore leur saison et où les mains apprennent avant les mots. « J’ai essayé tous les métiers manuels. Et lors d’un stage, le déclic m’a guidé à un apprentissage de fromager à Peney-le-Jorat. » A l’époque, les 45 minutes de trajet en boguet entre Puidoux et Peney-le-Jorat compliquaient sérieusement la vie quotidienne. Benedikt finit donc par loger chez son employeur et maître d’apprentissage, Raymond Auvernet, puis chez René Pernet.
Après son apprentissage, il travaille à la fromagerie de Palézieux. Il y découvre le goût de l’exploitation. Puis il rejoint Emmi, où la dimension industrielle est tout autre : 200 tonnes de yogourt produites chaque jour. En trois mois, il en connaît déjà les rouages. Il comprend surtout qu’il veut être fromager. Il sait aussi que ce métier lui laissera peu de temps pour voyager. C’est décidé, il vend sa moto, prend un billet d’avion et seul, sac au dos pour un tour du monde. Il ne part pas seulement pour voir le monde mais pour comprendre. En Californie, il découvre le succès du fromage au lait cru. En Nouvelle-Zélande, il observe la place du bleu dans les habitudes locales. Dix-sept vols et onze mois plus tard, il revient en Suisse et retrouve le goût du Gruyère, le regard ne se fait plus du tout de la même manière. Il a appris que le fromage n’est pas seulement un produit, c’est aussi une histoire de territoire, de goût et d’habitudes. Peu après son retour, il épouse Valérie. Deux garçons naîtront, Esteban, aujourd’hui âgé de huit ans, et Billy, dix ans.
Le premier titre
A la fin de 2014, une occasion permet au couple de s’établir dans la région, à Auboranges, au pied du Jorat. Puis vient 2017. A Tartegnin se déroulent les premiers Championnats du monde de la fondue. Benedikt s’inscrit dans la catégorie professionnelle. Il gagne : « Je suis champion du monde ! » Sur le moment, il s’imagine que l’histoire passera. Une victoire, une journée, puis le retour au travail.
Le lundi matin, à huit heures, le téléphone commence à sonner. Il ne s’arrêtera plus. Un prestigieux club de la Côte d’Azur lui demande de préparer sa fondue à Monaco. Benedikt prend l’avion. Les fromages et réchauds arrivent par camion. Dans le canton de Fribourg, les médias veulent rencontrer le nouveau champion. La situation prête à sourire : Benedikt n’a pas grand-chose de fribourgeois, sinon les plaques d’immatriculation de sa voiture. Pendant les fêtes, des cars entiers se succèdent au magasin. Les Wüthrich comprennent rapidement qu’ils ne pourront pas continuer ainsi très longtemps. Une collaboration avec Migros leur permet, quelque temps, de distribuer leur mélange dans toute la Suisse. La fondue a quitté le caquelon. Elle est devenue une affaire.
Le secret est dans la tenue
En novembre 2025, Benedikt Wüthrich retrouve le titre mondial. Deux fois champion du monde ! Lorsqu’il parle de sa fondue, il ne parle presque jamais de miracle, il parle de tenue. « La tenue de ma fondue est primordiale. Les membres du jury sont malins. Ils viennent juste goûter au début, puis reviennent 25 minutes plus tard avec du pain. » C’est alors que la différence apparaît. Certaines fondues commencent à s’étioler, à faire des fils. La chaleur a fait son travail, parfois trop bien. Le feu doit donc être surveillé. Le fromage doit être brassé. Il tient à une attention constante portée à des choses modestes : la chaleur, le mouvement, le temps.
Une fête au village
Samedi dernier, Ecoteaux a célébré son champion. Près de 300 places couvertes avaient été installées devant la grande salle. Un groupe de cors des Alpes fribourgeois accompagnait la cérémonie. Le petit train des vignes de Lavaux transportait les curieux vers les producteurs qui fournissent le lait destiné à la fabrication du fromage. On pouvait aussi regarder le fromage naître, comme autrefois, dans un chaudron chauffé au feu de bois.
Valérie Dittli, conseillère d’Etat en charge de l’agriculture, après son discours, s’est elle-même prêtée au geste et a participé à la fabrication du fromage au feu de bois. Il y avait là quelque chose de plus ancien que le championnat, plus ancien même que la recette : le lait, le feu, le travail des mains et le temps. Un village avait simplement décidé de célébrer l’un des siens. Et, dans le fond, la victoire de Benedikt Wüthrich tient peut-être à cela : il n’a pas cherché à rendre la fondue extraordinaire. Il a appris à respecter ce qu’elle demande. Du bon fromage, de la chaleur dosée, du temps et la patience.




