Opinion

Les cigales et les fourmis

Margarida Janeiro | Nous connaissons bien la fable de la Cigale, chanteuse, et de la Fourmi, travailleuse. Ainsi, nous sommes tentés de croire que nous, humains fonctionnons comme les animaux de La Fontaine: ceux qui travaillent en ont et ceux qui chantent n’ont pas l’hiver venu. La richesse viendrait à ceux qui travaillent dur. Est-ce que si cela était vrai, les personnes à la première ligne d’une pandémie seraient les plus précarisés de la structure sociale? Est-ce que nous assisterions dans nos sociétés à des phénomènes comme la pauvreté de ceux et celles qui travaillent? Non, les salaires de métiers très demandant en temps et en don de soi, font partie des plus mal payés pour leurs efforts. Une fois cassé ce mythe d’une société ou les personnes qui produisent pour son fonctionnement sont rétribuées à hauteur de leur contribution, voilà la réalité: le 1% le plus riche de la population possède le 40% de la richesse créée en Suisse. Ce 1% de la population, il y a peu de chances que cela soit vous, un patron d’une PME ou d’une exploitation familiale ou tout un chacun qui épargne. Ce sont les plus grandes fortunes qui sont fructifiées par des placements de très grande ampleur qui donnent le droit à un juteux revenu. Ce revenu par exemple se sont nos loyers ou une partie d’un chiffre d’affaires obtenu grâce à notre travail pour autrui. Vous comprendrez donc que la Cigale ¬– la poignée de très très riches ¬– amasse ce que produit la Fourmi – la plus grande partie d’entre nous, le 99% de la population restant.  Alors que fait la Fourmi dans ce cas-là? Elle devrait d’abord voir que la Cigale devrait partager les fruits indus du travail d’autrui. En revenant à la réalité concrète, c’est ce que l’initiative 99% demande: taxer 1,5 fois les revenus du capital – la part des bénéfices, des intérêts ou des loyers – à partir de Fr. 100’000.-. Pour résumer, si on place une somme à taux d’intérêt de 0,05%, elle serait à partir de 2 millions pour être touchée, de loin une somme que ceux et celles qui travaillent possèdent, même après une vie de labeur et d’économies. Le but d’augmenter les impôts de cette population est de taxer ceux et celles pour qui le prélèvement de plus d’argent ne changera peu, pour alléger l’imposition de ceux – la classe moyenne et modeste en particulier – pour qui une petite baisse pourra être un soulagement. Même ainsi, la Cigale continuera de chanter et de manger sans travailler, mais la Fourmi, en travaillant pour nourrir la fourmilière, envisager des lendemains qui chantent.