Opinion

820 millions de personnes ont faim dans le monde, en voulons-nous encore plus?

Jean-Pierre Grin, Agriculteur et conseiller national | Le 13 juin prochain le peuple suisse devra se prononcer sur deux initiatives qui demandent d’interdire l’utilisation des produits phytosanitaires de synthèse par l’agriculture suisse. En cas d’acceptation, la production agricole indigène diminuera d’environ 30 %, portant par là notre taux d’approvisionnement net aux environs de 35 %. Donc les deux tiers de notre nourriture sera importée de l’étranger, avec des conditions de contrôles sanitaires et de production beaucoup moins fiables. Les agriculteurs suisses sont soumis à diverses règlementations, protection des animaux, limitation des engrais, les plus contraignantes de notre planète. Que ce soit en production conventionnelle ou biologique, le respect des normes est strictement contrôlé ainsi que les prestations écologiques requises. Les familles paysannes sont pleinement conscientes de leur responsabilité envers la population suisse et la biodiversité du territoire. Ces 25 dernières années, les agriculteurs suisses ont fait de gros efforts pour diminuer l’utilisation des produits antiparasitaires. Le recours aux antibiotiques a diminué de 50 % pour le bétail, dans ce même laps de temps, chez les humains, cette consommation a fortement augmenté. Un certain nombre d’exploitations produisent de manière bio et les autres sont en perpétuelle remise en question pour produire avec moins d’intrants. La recherche et la robotique permettra à notre agriculture de se passer de plus en plus des produits antiparasitaires, mais le chemin demande encore un peu de patience. Cette orientation est en marche et va dans la direction demandée par les initiatives, mais de manière raisonnable et coordonnée avec la recherche. Refuser ces deux initiatives extrémistes, c’est maintenir notre volume de production actuel et éviter d’augmenter nos importations de l’étranger. Bien sûr notre pouvoir d’achat, l’un des plus élevés du monde, nous permettra toujours de nous approvisionner en biens alimentaires venant de l’étranger et par là, priver de nourriture certaines populations des pays en voie de développement. En déposant votre bulletin le 13 juin prochain, vous devriez avoir conscience qu’en votant 2 fois oui, vous priverez peut-être de nourriture des adultes et des enfants déjà précarisés et affamés dans notre monde. Et en Suisse cela limitera certaines cultures comme les betteraves sucrières qui captent par la photosynthèse des grandes quantités de CO2. Adieu également aux beaux champs de colza qui en ce mois de mai illuminent le paysage par leurs belles couleurs or et qui nous approvisionnent en huile d’excellente qualité. Alors ne regardez pas les agriculteurs avec des œillères accusatrices et choisissez plutôt la voie de la raison.