Opinion

Non à l’identité numérique le 7 mars

Marc-André Weber, Les Verts de Belmont-sur-Lausanne | Qu’est-ce que la révolution numérique ? Le passage d’un monde où les services numériques n’existaient pas à un monde où ces services sont devenus indispensables ; souvent vitaux. Cette révolution n’est pas mauvaise en soi, mais elle soulève des craintes justifiées. A ce titre, ce n’est pas tant l’outil « internet » qui est inquiétant. Ce sont les mains qui le tiennent. Presque tous les services numériques sont en mains privées. E-mails, sauvegardes, réseaux sociaux, recherches par mots-clés, reconnaissance faciale… Tout cela et bien plus encore n’est possible que via des sociétés privées. Ces entreprises rendent d’abord des comptes à leurs propriétaires. Le contrôle des collectivités sur elles est donc limité. Par contre, l’inverse est faux : en fournissant des services aux collectivités, par exemple à la Confédération, ces entreprises gagnent graduellement un contrôle sur des outils essentiels au fonctionnement de nos institutions. Par ailleurs, la pandémie nous a appris qu’économiser pendant des décennies sur les moyens de s’y préparer ne fonctionne pas. Lorsque vient la crise, l’argent économisé de cette manière ne compense de loin pas les dégâts humains et financiers. Prévenir coûte moins que guérir, en argent, en bien-être et en vies humaines. Voilà la leçon. Souvenons-nous donc que les choses ne doivent plus être conçues seulement pour naviguer par beau temps. Elles doivent l’être aussi en vue d’affronter des tempêtes. La révolution numérique a beau ne pas être un virus, elle pose des menaces comparables. L’emprise des services numériques s’étend à toute la société et à tous les secteurs d’activité. Un problème majeur avec ces services peut donc mettre à mal presque tout ce qui fait nos vies. Aujourd’hui, sur internet, on démolit des gens à coups de vidéos, de harcèlement, de piratages, ou encore de censure arbitraire. Curieusement, on répond en général qu’il faut subir ces abus en silence. On ne peut soi-disant rien faire, parce que telle plateforme est à l’étranger, tel harceleur est anonyme, tels pirates sont très bien organisés, telle censure est le fait d’une entreprise qui en a le droit. Il faut donc bien comprendre ceci : la question de l’e-ID sur laquelle nous devons voter le 7 mars est une question stratégique pour notre pays. Ce système d’identification numérique est le carrefour par lequel notre activité en ligne passera à l’avenir. Bien conçu, il nous permettra de rendre nos vies numériques plus sûres, en nous protégeant contre des abus et en ouvrant la porte à de multiples nouveautés utiles. L’e-ID est donc un outil dont nous aurons besoin… mais pas sous la forme soumise au vote, qui est celle qui a normalisé ces abus ! Délivrer des documents d’identité est aujourd’hui une tâche de l’Etat. En votant « oui » à la loi sur l’e-ID, le « document d’identité » appelé à devenir le plus important passera en mains privées. Nous pouvons continuer sur cette voie de la navigation par beau temps. C’est plus facile… tant qu’il fait beau. Nous pouvons faire semblant que ce qui se cache dans les abysses d’internet ne nous concerne pas. Le moment est pourtant venu de faire preuve de prudence, en nous donnant les moyens de contrôler les conditions dans lesquelles se déroulent nos vies numériques. En votant « oui » à l’e-ID, il ne se passera rien de grave pendant une année, ou cinq ans, ou dix ans. Pendant tout ce temps, on vantera un choix économique et efficace, qui fonctionne à merveille. Un jour, l’absence de vision stratégique de ce choix de facilité aura toutefois à affronter la tempête. A ce moment, le prix à payer effacera en un clin d’œil tous les prétendus avantages. Comme en mars 2020, nous nous réveillerons avec la gueule de bois, dans un nouveau cauchemar. Cette fois, il n’y aura peut-être pas de vaccin. Nous pouvons éviter cela en faisant preuve de prévoyance et en nous assurant que seuls les pouvoirs publics sont habilités à émettre et à gérer des e-ID. Pour cela, il faut voter « non » à la loi sur l’e-ID.