Chexbres – 90 ans de Jean-Claude Boré

Il reste fidèle à sa devise « créer et construire» en étant toujours « droit dans ses bottes »

Jean-Claude Boré en 2017 face au portrtait de son père Constant Boré. Photo © Corinne Cuendet /Magazine générations 2017

Jean-Pierre Lambelet  |  Le 26 octobre 1930, à 23h50, ville de Tours en France, à mi-chemin entre Paris et Nantes, sur les rives de la Loire et du Cher. C’est là, dans cette belle ville que Jean-Claude Boré fait son premier sourire à sa maman Madeleine et son papa Constant.
Avec son papa Constant, il s’initie à la photographie dès l’âge de 9 ans en parallèle à sa scolarité. D’ailleurs, en juin 1940, Constant embarque son fils dans une poussette, fait un trou dans la capote et lui fait photographier les envahisseurs et la ville dévastée par les nazis. Il n’avait pas froid aux yeux, le papa !
Il faut dire qu’il avait combattu dans les tranchées à Verdun durant la première guerre mondiale durant laquelle il a écrit 800 lettres à sa famille. Ces lettres sont aujourd’hui chez Jean-Claude, à Chexbres.
A la fin de sa scolarité, Jean-Claude étudie les beaux-arts, la géométrie, l’architecture et le dessin industriel. Ce bagage va lui servir en Alsace où il va travailler pour le remembrement afin de redonner aux anciens propriétaires les surfaces de terrain que les Allemands avaient spoliées durant la guerre.
Ces travaux terminés, on lui propose un poste de responsable de chantier à Allouise dans le massif des Ecrins dans les Hautes-Alpes. Là, il peut mettre en pratique sa devise « créer et construire » pour édifier des bases pour les téléphériques, des ponts, des digues, des routes, des cabanes. En 1958, il sera victime d’un terrible accident, dû à l’explosion d’une décharge d’explosif, qu’il avait lui-même préparée. Grièvement brûlé, il fut remarquablement soigné et put continuer son périple de constructeur du côté de Thonon-les-Bains et de Genève.
Entretemps, il s’était marié à Andrée, qui lui a donné deux garçons, Jean-Yves et Dominique.
Puis, c’est l’arrivée en Suisse dans l’entreprise Camandona SA de Crissier où il va rester jusqu’à la retraite en pouvant appliquer sa fameuse devise « créer et construire ».

Et quand on devient retraité, que fait-on ? Eh bien, on voyage!
Et Jean-Claude est parti de par le monde avec ses appareils de photos. En écrivant « de par le monde », on devrait plutôt dire sur toute la planète Terre… Car, à part les deux pôles, il y a peu de pays qui ne l’ont pas vu passer ! Est-ce le fait d’être natif de Tours qui lui a fait faire le tour du monde ?
Dans ses armoires, il y a environ 50’000 diapositives qui sont classées méthodiquement pays par pays, voire contrées par contrées.
Un vrai trésor que Jean-Claude désire transmettre à une personne vivement intéressée à le mettre en valeur ou le conserver pour des générations futures qui pourront ainsi étalonner l’évolution de la géologie de notre planète. Sans parler des différents appareils de photos dont quelques-uns sont très anciens. Impressionnant!
Il attend impatiemment l’arrivée de l’heureux élu…
Et quand on est super bon dans la photographie, bien sûr qu’on rencontre des gens comme Marcel Imsand, le fameux photographe, comme Gil Pidoux, le poète et écrivain, comme Charles-Henri Favrod, l’ancien directeur du musée de l’Elysée à Lausanne et Bertrand Piccard le grand voyageur.
De ces multiples rencontres sont nés trois livres magnifiques. D’abord « Musique de toiles: La Vaudoise », photos Jean-Claude Boré, texte Gil Pidoux, puis « Le dit du désert », photos Jean-Claude Boré, texte Gil Pidoux, préface Bertrand Piccard, avant-propos Charles-Henri Favrod. Et aussi « Voir vivre Vevey » photos Jean-Claude Boré, texte Gil Pidoux. Trois superbes ouvrages qu’il est toujours possible de se procurer. Il y a aussi un recueil de photos de la Fête des vignerons 2019 qui vaut le détour! Superbe !
Cela fait maintenant 11 ans que Jean-Claude habite rue du Carroz à Chexbres, en toute discrétion, parmi toutes ses richesses intellectuelles dont il parle avec passion, émotion et une rare précision dans les lieux et les dates.

A 90 ans, il reste fidèle à sa devise « créer et construire » en étant toujours « droit dans ses bottes » comme il aime à dire et la Municipalité de Chexbres a eu le plaisir et le privilège de rencontrer cet homme au parcours de vie hors du commun qui méritait bien le cadeau communal réservé aux nonagénaires !