Nos cinémas régionaux, état des lieux

Colette Ramsauer | En raison de la pandémie et suivant les directives d’Alain Berset, les grands écrans se sont éteints du 11 mars au 6 juin. Les programmations s’en sont retrouvées perturbées et, aujourd’hui encore, les sorties sont retardées concernant les films qui attendent une diffusion internationale pour démarrer. Ce qui avantage les réalisations suisses. Petit tour d’horizon des salles obscures « à deux pas de chez soi », de Carrouge à Pully.

Magie de la lanterne 

Nos cinémas régionaux, selon leurs particularités, ont rouvert tôt ou tard. Suite au confinement, le cinéma du Jorat à Carrouge a fait sa pause estivale. Sa réouverture prévue le 4 septembre reste des moins sûres. Sylvie Jordan, présidente de l’Association du cinéma du Jorat : « Je ne pense pas que les projections vont reprendre de sitôt. Il nous est difficile d’obtenir les derniers films grand public que nous présentons habituellement, de plus, les mesures d’hygiène sont un casse-tête ! Par contre, les enfants peuvent se réjouir, La Lanterne Magique ne manquera pas son rendez-vous automnal ». Un événement qui devrait stimuler la reprise.

Un film à l’oeil

Suite à la fermeture exigée puis à celle habituelle de l’été, le cinéma de la grande salle à Chexbres quant à lui reprend pleinement ses activités. Le programme du printemps a simplement été reporté. Une belle saison en perspective, à partir de ce vendredi 28 août avec la gratuité pour Un « Divan à Tunis » de Manèle Labidi Labbé, comédie dramatique sortie en 2019. 
A l’affiche en septembre et octobre, parmi une sélection de reprises, des films forts comme Les « Misérables » de Ladj Ly ou encore  « A Tale of Three Sisters » de Emin Alper ; deux films suisses à ne pas manquer: « Bruno Manser » de Niklaus Hilber et « O Fim do Mundo » de Basil Da Cunha. On pourra voir « Marche avec les Loups » de Jean-Michel Bertrand ovationné au FIFAD.  La 4e édition de Ciné-Doc, série de documentaires suivis de débats, très appréciée des spectateurs, débutera au mois d’octobre.
Comme dans tous les lieux publics, à la grande salle de Chexbres subsiste la nécessité d’observer les règles de distanciation sociale. Natasha Fasquel, de l’équipe des organisateurs, a suivi récemment une séance d’information concernant les mesures à prendre : « Nos bénévoles « déchireurs de billets » seront placeurs et collecteurs d’informations tout à la fois. Ils rempliront eux-mêmes les formulaires de traçabilité qui seront détruits systématiquement après trois semaines ».

Que vive le virus de la cinéphilie !

Au cinéma d’Oron, le bar est ouvert et vous êtes invités à vous désinfecter les mains et même à payer avec twint. Soucieux de faire vivre le virus de la cinéphilie, Laurent Toplitsch, maître des lieux, rappelle que les abonnements des membres de soutien sont prolongés de trois mois, et que sur le site en ligne, en bas de page, des liens permettent de visionner en vidéo à la demande 17 films vus récemment dans son cinéma.
Aux salles Gilbert Morandi et Jean-Claude Laterali, après des week-ends de cinéma durant tout l’été, l’horaire d’automne reprend le mercredi 9 septembre avec des séances tous les jours de la semaine. Plusieurs films suisses seront l’occasion de rencontrer des réalisateurs. Ce jeudi 27 août à 20h, David Vogel pour « Shalom Allah », doc sur les Suisses se convertissant à l’islam; le 10 septembre, Stephan Rytz pour « Wetlands, l’héritage de Luc Hoffmann », doc sur l’importance capitale des zones humides de notre planète; le 11 septembre, réalisateurs et protagonistes de « Volunteer », doc poignant sur l’arrivée dans le chaos des réfugiés à Lesbos. Et une surprise de taille pour novembre avec un blockbuster, « Mourir peut attendre », le dernier 007 enfin de retour !

Dans la continuité

Au CityClub à Pully, la saison post-confinement a été riche en événements, films, concerts, rencontres, avec des entrées ne devant pas dépasser 50% d’occupation. « En juin, après le confinement, il y a eu du monde, comme un appel d’air, moins en juillet. Les spectateurs ont respecté sans difficulté les règles de distanciation » nous dit Laura Grandjean, administratrice. La nouvelle saison débute le 1er septembre avec à l’affiche « Martin Eden » de Pietro Marcello, une adaptation très libre du roman éponyme, autobiographique de Jack London, en présence de Jessica Cressy, actrice du film. L’année dernière à la Mostra de Venise, l’acteur Luca Marinelli s’est vu remettre le prix du meilleur acteur pour le rôle titre. Le film était prévu au programme du CityClub au mois de mars. Le voilà enfin ! L’achat des tickets peut se faire en ligne.

Bas le masque

Avec l’annulation de la majorité des spectacles et événements, on pouvait espérer un regain d’intérêt pour les salles de cinéma qui ont pu rouvrir le 6 juin. Le taux de fréquentation apparemment n’a pas augmenté. (Vendredi soir dernier, au cinéma d’Oron, nous n’étions que trois personnes à voir le documentaire captivant « L’Ours en moi » de Roman Droux !) Les nombreux films proposés sur Netflix et autres plate-formes en ligne en sont probablement la cause. En Vaud, le port du masque n’est pas obligatoire dans les salles. Les gestes barrières restent de rigueur jusqu’à nouvel avis. Tout est prévu dans nos cinémas régionaux pour que perdure la passion des cinéphiles, que subsiste la magie de la salle obscure.

Venez les soutenir par votre présence !