Nature – Oisillon au sol : la bonne réaction peut lui sauver la vie

Chaque printemps, la scène se répète dans les jardins et au bord des chemins. Un petit oiseau au sol, apparemment seul, qui semble attendre de l’aide. Le réflexe naturel est de le ramasser. C’est souvent la pire chose à faire. Décryptage.
Imaginez : il est midi moins cinq et vous recevez un appel de votre compagne. Une petite corneille blessée s’est retrouvée au sol à la sortie de l’école, sous les yeux des enfants. Le premier réflexe : porter secours. Que nenni. Car la présence d’un oisillon au sol ne veut pas forcément dire qu’il est en danger : « Il y a pas mal de jeunes oiseaux qui tombent ou qui se font pousser du nid par leurs frères et sœurs, mais les parents les nourrissent encore, même au sol », explique Christophe Sahli, ornithologue à la Grande Cariçaie. Beaucoup amènent des oisillons en centre de soins alors que leur meilleure chance de survie est souvent de rester sur place. « Dans la plupart des cas, ne rien faire reste la meilleure solution », confirme le spécialiste.
L’odeur humaine, un mythe
Beaucoup hésitent à toucher un oisillon de peur que leur odeur pousse les parents à l’abandonner : « Chez les oiseaux, c’est un mythe », tranche Christophe Sahli. « On peut tout à fait manipuler le volatile à mains nues, sans oublier de bien se laver les mains ensuite, et le déposer sur un muret ou dans un buisson, à l’abri des prédateurs ». Contrairement à certains mammifères, les oiseaux ne rejettent pas leurs petits après un contact humain. La priorité reste d’observer à distance avant d’agir : les parents se trouvent généralement à proximité, en retrait tant qu’un humain est présent. « S’il n’est pas blessé, il ne faut pas le toucher, car il a de meilleures chances de survie comme ça qu’en l’amenant dans un centre », insiste l’ornithologue.
Que faire si blessé ou sans plumes ?
La situation est différente si l’oisillon est très jeune, rose, sans plumes, yeux encore fermés ou visiblement blessé. Dans ce cas, on tente de le replacer dans son nid si ce dernier est accessible, sinon on appelle le garde-faune du secteur avant de tenter quoi que ce soit. Les erreurs commises avec les meilleures intentions peuvent être fatales : le pain et le lait sont toxiques pour les oiseaux, et chaque espèce a des besoins que seul un spécialiste maîtrise. Méfiance aussi envers les prédateurs : « La plupart du temps, les chats ne mangent pas vraiment l’oisillon, c’est plus pour jouer », note Christophe Sahli, tandis que le renard, lui, s’en nourrit ou le rapporte à ses petits. La bonne action, c’est parfois celle qu’on ne fait pas.



