Mézières, Théâtre du Jorat – La magie de la baguette

c’est ce que vous proposera Nicolas Chalvin le 22 mai au Théâtre du Jorat
Seriez-vous prêt, sans aucune formation préalable, à prendre la direction d’un orchestre le temps d’un concert ? C’est l’expérience folle que Nicolas Chalvin et l’ensemble « Les Concerts Suspendus » vous propose ce vendredi 22 mai au Théâtre du Jorat. L’occasion de vous frotter à ce monde
Le chef d’orchestre est certainement l’un des personnages les plus curieux du monde musical. Que penser, en effet, de cet hurluberlu qui s’agite en tous sens, tantôt flegmatique et droit comme un i, tantôt saisi d’une transe qui le fait grimacer et exécuter d’étranges chorégraphies ? Certains se posent même parfois la question : sert-il musicalement à quelque chose ou n’est-il qu’un personnage dont la seule fonction se résumerait à théâtraliser un concert ?
De même, un orchestre classique, dans sa globalité a de quoi éveiller la curiosité. Comment des dizaines de musiciens parviennent-ils à mettre leurs compétences ensemble pour, pièce par pièce, parvenir à l’exécution d’une œuvre complexe ? Comment des années de travail, de perfectionnement, de gammes et d’auditions parviennent-elles finalement à rendre quelque chose d’aussi parfait ? Vastes questions que l’on se pose de loin, comme simples spectateurs, sans jamais, à moins d’être soi-même musicien, se frotter directement à cet arrangement complexe.
Il faut reconnaître que la musique classique, au même titre que des pratiques artistiques comme l’opéra, le ballet, la poésie ou le théâtre en alexandrin souffre encore bien souvent d’une image élitiste qui lui colle à la peau. D’aucun se souviendra de l’altercation musclée entre Serge Gainsbourg (peut-être plutôt Gainsbarre en cet instant) et Guy Béart sur le plateau d’Apostrophes au cours de laquelle le premier beugla sur le second sa conception des arts, divisée entre les arts majeurs, qui nécessitent un travail et une initiation, et les arts mineurs, que n’importe qui peut pratiquer. Et aujourd’hui encore, demeure une idée tenace que certaines pratiques artistiques s’adressent à des initiés et que d’autres conviennent mieux au tout-en-chacun.
C’est sans doute pour relativiser ces nombreux clichés que Nicolas Chalvin a décidé de mettre en place une expérience immersive ce 22 mai au Théâtre du Jorat. Et c’est avec l’ensemble « Les Concerts Suspendus » que le hautboïste et chef d’orchestre français proposera au public joratien de rentrer le temps d’une seule et unique représentation dans la peau des protagonistes d’un concert classique. Sur des œuvres de Mozart, Vivaldi, Grieg, Bartok et Piazzolla, l’audience sera ainsi conviée à devenir actrice, prenant tour à tour place dans l’orchestre et à la tête de celui-ci. Dans ce fin exercice de vulgarisation, les spectateurs pourront prendre conscience des réalités de ce monde opaque, avant d’assister, en seconde partie à un concert de ce même ensemble, le tout avec un regard forcément changé.
Vous l’avez lu, votre serviteur a utilisé le mot ô combien polémique de « vulgarisation ». De fait, quand bien même ce terme issu du latin « vulgaris », désignant la foule voire, dans son acception la moins noble, la populace ou le bas-peuple, a encore évolué vers une idée crasseuse et injurieuse, il est le seul dans toute la langue de Molière qui désigne le fait d’apporter à tous le savoir d’une élite. Mais ce seul processus n’est-il pas un moyen de sortir la foule de son statut de foule ? N’est-il pas un moyen de révéler chez chaque individu des capacités et une curiosité nouvelles, lui permettant de se défaire de son appartenance à la masse ? Et si, plutôt que de « vulgariser », une expérience comme celle-ci nous permettait simplement de nous « défouler » ?
C’est probablement toute la philosophie du Théâtre du Jorat qui s’exprime à travers cette proposition artistique. Un lieu de culture exigeant, capable tout à la fois de montrer ce que l’art fait de mieux et de le rendre accessible à tous.
Alors, cadre supérieur, banquière, caissier de supermarché, retraité, adolescente, précipitez-vous vers la Grange Sublime, osez révéler une partie de vous-même que vous ne connaissiez pas et laissez-vous emporter par la simple idée de, pour un instant, vous défouler .


