Mézières, Théâtre du Jorat – Ce qui nous lie
Agnès Jaoui en autrice-compositrice-interprète, Stephan Eicher dans un spectacle de stand-up, le Ballet Béjart sur du Depeche Mode ou même vous-même à la direction d’un orchestre ? Dans ces quelques teasers alléchants résident quelques-unes des propositions déjantées que propose cette année la direction du Théâtre du Jorat. Tour d’horizon d’un programme présenté la semaine dernière par Ariane Moret, Christian Ramuz et leurs équipes.


Le Théâtre du Jorat est un terreau de contraste. Il n’y a qu’à faire la connaissance du duo Ariane Moret-Christian Ramuz pour s’en rendre compte. D’un côté, une comédienne et metteuse en scène passée par les plus grandes scènes européennes, de l’autre un agriculteur de Corcelles-le-Jorat à la tête d’un joli cheptel bovin. A priori, rien n’était fait pour faire se rencontrer ces deux personnalités. Pourtant, aujourd’hui, la première est la directrice du Théâtre du Jorat, quand le second mène depuis plusieurs années son Conseil de Fondation. Deux styles, deux manières d’habiter le monde, deux façons de vivre la culture et pourtant un seul but commun : faire perdurer cette institution culturelle, architecturale et patrimoniale qu’est la Grange Sublime.
Et c’est précisément ces liens parfois insoupçonnables que la direction du Théâtre du Jorat a décidé, cette année, de mettre à l’honneur dans sa programmation. Ce seront ainsi tout d’abord nos liens à ces textes fondateurs qui font du théâtre ce qu’il est aujourd’hui qui seront à l’honneur. Mézières verra ainsi défiler plusieurs grands textes remodelés pour l’occasion. C’est avec une relecture du Georges Dandin de Molière que débutera la saison les 1er et 2 mai. La Clinic Orgasm Society nous délivrera une version déjantée de cette fameuse comédie-ballet accompagnée sur scène par… neuf moutons.
Dans la même idée de déconstruire des œuvres réputées, deux versions helvétiques de pièces de Shakespeare se verront également portées à la scène. Henry IV, tout d’abord par la Compagnie Utopia puis, en clôture de saison, Roméo/Juliette par une équipe d’humoristes romands emmenée par l’inusable Joseph Gorgoni. Et pour laisser ces deux monstres sacrés moins seuls, Corneille se joindra également à la fête à travers Histoire d’un Cid, relecture de l’une des plus fameuses tragédies du XVIIe siècle. Enfin, autre classique, romanesque celui-ci, Dracula le conte fondateur de Bram Stoker sera adapté en musiques et en chansons par les Batteurs de Pavé et les Petits Chanteurs à la gueule de bois, dans un cross-over qui promet maintes loufoqueries.
Un lien qui passera également par cette terre sur laquelle a été bâti, il y a plus de cent ans, cette sublime Grange, et qui inspira entre autre le classique La Dîme, pièce qui, s’il existait un panthéon du théâtre vaudois, y ferait à elle seule entrer René Morax. Le Théâtre du Jorat prévoit ainsi trois soirées consécutives centrées autour de la question agricole. Un « week-end à la campagne » qui mettra à l’honneur Anne Barbot, Emeric Cheseaux et Blaise Hofmann dans trois propositions aussi différentes que complémentaires.
La musique ne sera pas en reste, la Grange Sublime demeurant un endroit rêvé pour faire vibrer les harmonies. Le groupe Aliose sera la première proposition musicale de l’année, pour un hommage à Maxime Le Forestier. Suivront les Concerts suspendus, qui vous confronteront à vos propres compétences de directeurs d’orchestre, le Danish String Quartet, pour une version scandinave d’une œuvre de Ravel, Agnès Jaoui, qui honorera le Jorat de ses premières compositions, l’Ensemble Vocal de Lausanne, qui, en visitant le répertoire de plusieurs compositeurs français du début du XXe, continuera à faire vibrer la tradition chorale de ces lieux et, enfin, Stephan Eicher, dans un seul-en-scène musical, qui viendra distiller quelques instants de sa riche carrière.
Pour compléter ce programme déjà bien fourni, le public méziérois pourra également profiter d’un loto-spectacle avec Carton de la Compagnie TBK, d’un ciné-concert live avec La Ruée vers l’or accompagnée par l’Orchestre des Jardins Musicaux, du one-man-show purement capitaliste de Vincent Kucholl dans le rôle, désormais familier des adeptes de 120 minutes, de Reto Zenhäusern et d’une nouvelle création du Béjart Ballet qui, outre aux rythmes grecs de Mikis Theodorakis, se frottera aux mélodies du groupe new wave Depeche Mode.
Autant de propositions spectatorielles qui feront une nouvelle fois de la Grange Sublime, tant un Heimland de puristes qu’une porte d’entrées vers de nouveaux univers artistiques. Un lieu où le mélange est roi et où le lien est empereur.


