Mézières – Dans la langue de Molière
Georges de Molière les 1er et 2 mai au Théâtre du Jorat



à faire revivre ce texte vieux de près de 4 siècles
En ouverture de saison au Théâtre du Jorat, la Clinic Orgasm Society propose sa version réactualisée de Georges Dandin, comédie-ballet de Molière et Lully. A voir à la Grange Sublime les 1er et 2 mai en compagnie de quelques acteurs ovins inattendus.
S’il y a un nom d’auteur de la langue française, qui à côté d’Hugo, est peut-être familier de tous, c’est bien celui de Molière. Rares sont ceux qui ne sont pas tombés, durant leur parcours scolaire, au moins sur un extrait d’une pièce de celui dont l’aura fut telle qu’il finit par donner son nom à la langue française. Et, hélas, cette première confrontation avec le maître de la comédie classique n’est pas toujours des plus heureuses. Souvent l’un des premiers textes de théâtre donné à lire aux élèves francophones, voilà que ces derniers crochent parfois sur la langue vieillie, sur les phrases incompréhensibles, sur cette fascination pour les coups de bâtons. Et nombreux seront ceux qui garderont de leur première rencontre avec ce Jean-Baptiste Poquelin un goût amer.
Pourtant, il suffit d’un tour dans les théâtres parisiens pour constater que s’il est un auteur qui n’a jamais disparu des affiches depuis plus de trois cents ans, c’est bien cet hurluberlu et son obsession de la bourgeoisie d’apparence, de l’avarice des puissants et des errances de la médecine. Pourquoi donc ? Eh bien sûrement parce que les pièces de Molière offrent un terrain de jeu fantastiques pour les artistes de la scène. Pour les comédiens, elles fourmillent de rôles déjantés qui permettent de mettre à l’épreuve tout autant leur mémoire que leurs capacités physiques. Pour les metteurs en scène, elles sont une mine d’or, un texte brut dont on peut faire absolument ce que l’on veut. Pour les costumiers et les scénographes, elles sont l’occasion de créer à leur fantaisie, autant dans des mise en scènes d’époques que dans des versions plus contemporaines. Pour les musiciens, enfin, elles constituent l’occasion de réinterpréter les compositions de Jean-Baptiste Lully, qui accompagnaient bon nombre de ses œuvres.
La Clinic Orgasm Society a ainsi sauté sur l’occasion pour nous donner à redécouvrir une pièce un peu moins rentrée dans les mémoires que Le Médecin malgré lui, Le Misanthrope ou Le Malade Imaginaire. C’est justement avec Lully que Molière a créé, en 1668 ce Georges Dandin ou le Mari Confondu, comédie-ballet en trois actes écrite peu avant L’Avare, que la troupe venue de Bruxelles enflammera ce début de saison au Théâtre du Jorat. Dans une version fidèle au texte original, Ludovic Barth et Mathylde Demarez y proposeront une mise en scène modernisée et belgicisée qui promet de décoiffer le public du Jorat.
Ce choix n’a rien d’anachronique dans l’époque que nous vivons. Georges Dandin thématise ainsi un certain nombre de sujets propre à notre vingt-et-unième siècle. Ce Georges, paysan fortuné, cherche à s’élever socialement en épousant une aristocrate sans-le-sou. Cette Angélique, peu encline à ce mariage, refuse de partager la couche de son nouveau mari. Toute sa belle-famille, qui n’a accepté ce mariage que par appât du gain, n’est guère plus aidante. Fait cocu, Georges tente de se défaire de cette union délétère, mais il se fera continuellement duper par les autres personnages. Farce tragique ou tragédie farcesque, il y a en tous les cas quelque chose de grinçant dans ce récit.
Alors oui, Molière parle des gens et des mœurs de son époque. Mais la thématique de l’ascenseur social, des injonctions maritales et de la recherche de justice n’ont rien de figées dans le temps. La Clinic Orgasm Society propose ainsi de confronter notre vision contemporaine à ce texte séculaire dans une mise en scène colorée, décapante et… ovine. Car loin de se contenter de seuls acteurs humains,
la troupe accueillera également en son sein une douzaine de moutons qui fera éta(b)lage
de tout leur talent sur la scène de la Grange Sublime.
Georges de Molière par la Clinic Orgasm Society, les 1er et 2 mai
à 20h au Théâtre du Jorat


