« L’Esprit des lieux » – Les découvertes d’un audio-naturaliste

« L’Esprit des lieux » Documentaire de Stéphane Manchematin et Serge Steyer

Colette Ramsauer  |  Le documentaire est consacré à l’univers sonore de la nature, un monde de perceptions dans la vaste forêt vosgienne, en forêt tropicale guyanaise ou au domicile de Marc Namblard, audio-naturaliste, preneur de son atypique. Deuxième co-réalisation de Stéphane Manchematin et Serge Steyer, auteurs de Le Complexe de la Salamandre en 2014, ce portrait du preneur de son est un plaisir autant pour les oreilles que pour les yeux. Il est l’occasion de prendre conscience de notre potentiel d’écoute. Dans des paysages sauvages, la nature crisse, craque, grince, siffle, vibre, vrombit. 

Les sons et nous

Pourtant omniprésents, les sons provenant de la nature, souvent à peine perceptibles, nous échappent. Grattements, souffles, craquements, glouglous, ils ne se résument pas au chant du merle en fin de journée. D’un tournage qui aura duré une trentaine de jours entre 2016 et 2017, résulte une version courte du film (50’) qui se concentre sur l’aspect scientifique de la démarche de Marc Namblard. La version longue (84’) proposée par Ciné-Doc laisse plus de place à la dimension humaine tout au long de la projection. Le preneur de son élargit son champ d’action par une mise à l’écoute des bruits d’humains, pleurs de nourrisson, bruits ménagers, bruissement de nos pas, appels à table. Autant de bruits familiers.

Une vie à l’orée des bois

«Je vis au pays des sons» déclare Marc Namblard. L’audio-naturaliste consacre l’essentiel de son temps à sa passion qui l’a conduit à s’installer avec sa famille dans une demeure à proximité directe d’un massif forestier. Dès l’aube, il s’en va dans la nature, installe des micros, déclenche la prise de son. C’est parti pour des heures. Le dispositif capte des ambiances sonores diurnes ou nocturnes meublées des sons qu’émettent mammifères, oiseaux, insectes, batraciens, vents, glaces. Dans son studio, installé au sous-sol de sa maison, il découvre ses enregistrements, rarement seul devant les graphiques de son écran. Lucie, sa fille de 9 ans, a souvent la primeur de ces tableaux sonores. Lucie passe la nuit à la belle étoile (Lucy in the Sky?) blottie dans les bras de son papa, à écouter le brame du cerf. Une transmission familiale puisque lui-même hérite d’une pratique paternelle. Comme on regarde des photos de famille, son frère et lui écoutent des enregistrements de scènes familiales, faits par leur père du temps où ils étaient enfants dans les années 70. En famille durant leurs vacances, ils partaient à la chasse aux sons dans une nature préservée des Cévennes. Riche héritage. Aujourd’hui dans les écoles, Marc met des classes d’élèves à l’écoute des cris d’oiseaux. La caméra le suit en Guyane, au sommet d’un promontoire rocheux à la tombée de la nuit, à l’affût au pied d’un arbre gigantesque ou navigant dans la mangrove, toujours transi de sensations. Sous les tropiques, ses micros enregistrent les cris de singes au sommet des arbres. Concert ahurissant!

L’art des bruits

Apprécié dans le monde de la musique, son travail l’amène à collaborer avec des musiciens. Des sons provenant de la nature à la musique instrumentale, il n’y a qu’un pas. C’est à partir d’un assemblage de sons répétitifs provenant uniquement de la nature, que l’audio-naturaliste a collaboré avec le compositeur Christian Zanési pour la création d’une pièce de musique concrète, électro acoustique. Le concert est filmé lors d’un festival d’aventures sonores, devant un public acquis. 

Belle leçon de vie

Tissu sonore d’insectes détecté dans des souches ou cris d’alerte des primates au sommet des arbres révèlent la vie sociale animale tout comme les bruits du quotidien de la proximité de Marc Namblard révèlent celle des humains. Sa famille participe à l’aventure. Une expérience extraordinaire pour cette famille hors du commun, qui porte le film. Une belle leçon de vie sur le partage qui dépasse le cadre familial en englobe l’entourage, les élèves des écoles et les amis. Venez les oreilles grandes ouvertes au cinéma d’Oron. Vous ne le regretterez pas !

v.f. – 16/16 – Vendredi 25 janvier à 20h au Cinéma d’Oron