Le varroa, ennemi juré des abeilles

Les changements climatiques et les hausses de température ouvrent la porte à d’autres invasions

Didier Bettens préparant un répulsif au cas où les abeilles venaient à attaquer lors de l’ouverture des ruches

Thomas Cramatte | Cet acarien a bouleversé le monde de l’apiculture depuis les années 1980. Causant de nombreuses pertes de colonies partout en Europe, l’envahisseur fait aujourd’hui intégralement partie du quotidien des apiculteurs. Comment se sont-ils adaptés afin de maîtriser au mieux cette problématique? Un apiculteur installé à Servion raconte son expérience pour y faire face. Aujourd’hui, les abeilles sont encore régulièrement atteintes par le varroa destructor. Touchant autant les espèces domestiques que sauvages, la présence de l’envahisseur est recensée dans le monde entier. Considéré comme la tique des abeilles, l’acarien a probablement été importé d’Asie par l’intermédiaire de pillages, de transferts de ruches ou d’essaims sauvages. « L’abeille asiatique (Apis Cerena) a, elle, développé des moyens de défense en cohabitant depuis des siècles avec le varroa, mais notre Apis mellifera
y est vulnérable »,
indique Didier Bettens, fondateur de la Miellerie à Servion.

Didier Bettens vérifiant la bonne santé de ses abeilles

Différents traitements

A l’arrivée de ce parasite, les apiculteurs étaient dépourvus de moyens de lutte. Plusieurs solutions avaient alors été envisagées afin de freiner son occupation en Suisse. «On ne savait pas vraiment comment réagir. Les ruches subissaient de nombreux séquestres et l’utilisation d’insecticides puissants» commente Didier Bettens. Avec le recul et les connaissances sur le comportement de l’acarien, la lutte contre le varroa s’est organisée. Les protocoles de traitements sont devenus efficients et permettent aux apiculteurs de limiter les pertes tout en respectant au mieux l’écosystème. « Si les bons produits sont utilisés au bon moment et à la bonne température, on doit pouvoir échapper à des pertes massives. Mais le varroa reste omniprésent dans les ruches suisses et les apiculteurs n’ont d’autre choix que de s’y acclimater ». Pour survivre, le varroa a besoin de se reproduire dans les larves d’abeilles. « Il se sert de l’abeille comme moyen de transport et de nourriture, lui injectant des virus en la piquant ». Transmettant la varroase, les faux-bourdons atteints sont parasités pendant leur croissance. Il en résulte plusieurs malformations telles que l’abdomen raccourci, les ailes et les pattes atrophiées et une espérance de vie amoindrie. Les voltigeuses atteignant l’âge adulte sont de leur côté affaiblies et déboussolées. S’occupant mal de leurs couvains, une atteinte sévère peut grandement affaiblir les colonies, voir causer leur perte. En 2011, la gestion de l’acarien avait été mal maîtrisée et tous les apiculteurs du pays avaient observé de nombreux dommages. «L’infestation avait été telle que 50% des ruches suisses en avaient fait les frais».

Pérennisation des colonies

Pour assurer les remplacements ou les éventuelles pertes, Didier Bettens crée une quinzaine de colonies chaque année. Tributaires de la météo, les récoltes fluctuent selon les conditions climatiques. « L’an passé, mes récoltes ont baissé de 30%, tandis que la production de cette année représente une augmentation de 40% ». Pour Didier Bettens, c’est le printemps particulièrement clément de cette année qui a contribué au bien-être des abeilles. «On m’a souvent demandé si le confinement a été bénéfique pour les insectes. Malgré les apparences, je ne pense pas que cela ait joué un grand rôle, car le travail dans les champs est resté le même». En revanche, les changements climatiques et les hausses de températures ouvrent la porte à d’autres invasions. 

Frelon asiatique

Identifié pour la première fois à Genève en août dernier, le frelon asiatique représente une menace de plus pour les abeilles. Selon la Tribune de Genève, sa présence peut s’expliquer par transport accidentel dans une cargaison de fruit. Les autorités genevoises invitent la population à signaler toute observation de frelon asiatique afin de freiner son installation dans le pays. Ressemblant à une guêpe de grande taille de couleur sombre, l’insecte conquiert l’Europe depuis sa première implantation dans le sud-ouest de la France en 2004. Depuis, il est largement présent dans l’hexagone. Se nourrissant uniquement de fruits et d’abeilles, le frelon asiatique se positionne en vol stationnaire devant les ruches, pour attaquer sa proie. Comme pour le varroa, les abeilles européennes n’ont pour l’heure développé aucun moyen de défense ou d’autres réflexes de protection. Hormis l’utilisation de pièges à frelon et la destruction de ses nids, l’envahisseur représente un sérieux problème en France. «Heureusement que le frelon asiatique n’est pas encore présent chez nous. Car cela constituerait un prédateur supplémentaire pour les butineuses helvétiques».

Bonne année

Si les changements climatiques ouvrent la porte aux envahisseurs et modifient l’activité apicole, cette année 2020 fut excellente pour la récolte du miel. La météo favorable du printemps a permis aux apiculteurs de travailler dans de bonnes conditions afin d’enrichir le nectar et le goût naturel du miel. «On se souviendra de cette année comme une bonne année, et non comme l’année du confinement». Ne reste plus qu’à trouver du temps à disposition et une bonne tranche de pain pour y tartiner le savoir-faire des apiculteurs régionaux.

Didier Bettens montrant un des cadres où les abeilles déposent le miel