Le Suisse ou le Canadien

Alain Bettex / swisscity.com

Monique Misiego | Ce roman biographique raconte la vie hors du commun de Gaston Perrin, Suisse parti s’établir au Canada dans les années 60. Beaucoup de gens ont des vies hors du commun, mais peu d’entre eux ont des amis qui prennent la peine de la raconter pour que celle-ci ne tombe pas dans l’oubli. Gaston Perrin a eu la chance d’avoir un ami comme Alain Bettex… Comme beaucoup d’émigrants, Gaston Perrin fut considéré comme un Canadien en Suisse et comme un Suisse au Canada. C’est le lot de beaucoup de migrants dans le monde. Certains le prennent comme un reproche, on peut considérer que c’est une qualité. Avoir plusieurs cultures, c’est s’ouvrir au monde. Ce roman relate des faits qui se déroulent dans la deuxième moitié du XXe siècle. L’auteur a côtoyé ces deux personnages, il a recueilli leurs récits comme simple spectateur assis à leur table. Recueillant les confidences de Gaston Perrin sans notes, sans enregistreur, sans vidéo. Comme un simple ami qu’il était. On peut saluer la mémoire de celui-ci pour se rappeler de tout, tant d’années après. Les noms de quelques personnages ainsi que quelques noms de lieu ont été modifiés, de façon volontaire. Mais certains intervenants de cette vie rocambolesque se reconnaitront facilement. L’auteur s’est appliqué à retranscrire les faits, selon la devise de Georges Simenon : « Comprendre et ne pas juger » Il a maintes fois proposé les récits des aventures de son ami dans les rédactions de Suisse puisqu’il y officiait comme journaliste mais la vraisemblance et la singularité de ces récits ne passionnait pas les journaux de notre pays. Elles auraient pu intéresser les médias québécois alors que l’auteur vivait en Suisse et peut-être intéressé les médias suisses lorsqu’il est parti s’établir lui aussi au Canada. Mais internet et les réseaux sociaux n’existaient bien heureusement pas, selon l’auteur. Gaston Perrin semblait être un homme impulsif, qui se moquait bien de l’opinion des autres, qui prenait des décisions de façon instantanée et se donnait les moyens de les mener à bien. En Suisse, on dirait que c’est un obstiné, ailleurs on dit que c’est quelqu’un qui a de l’ambition. C’est une vie aventureuse de deux copains que l’auteur nous livre. D’un côté, Gaston Perrin, personnage haut en couleur, de l’autre Jean-Pierre Beltrami, qui entraînera Gaston Perrin dans une folle aventure au Canada. Gaston Perrin prendra la décision de le suivre sur un coup de tête, comme souvent il prenait ses décisions. Alors que Beltrami mettra six mois à obtenir son visa, Perrin l’obtiendra en trois semaines. Une fois là-bas, il saura tirer profit de nombreuses situations et fera fortune. C’est d’ailleurs au Canada que l’auteur va les rencontrer et les fréquenter. Sportif, Perrin va s’intéresser au hockey, sport national, qui n’a aucun secret pour lui. Puis un jour, aussi spontanément qu’il avait pris la décision de partir au Canada, il décidera de rentrer en Suisse avec sa femme et ses deux filles complètement bilingues. Il installera tout son monde dans une magnifique villa des hauts de Chardonne. C’est lors d’un séjour à Miami, où il possédait un appartement, qu’il va tomber malade et être rapatrié à Vevey où il décédera quelques jours plus tard, à l’âge de
81 ans. C’est après sa disparition que l’auteur a décidé de lui rendre hommage. Gaston Perrin avait l’art de tirer profit de toutes les situations, et l’auteur pense qu’il aurait même tiré avantage de ce récit. Ce qu’il n’avait certainement pas prévu, c’est qu’il avait un ami comme l’auteur qui, même s’il lui concédait certains défauts, décidera de le coucher sur papier pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli. Je terminerai par une citation du livre, de Hervé Lauwick : Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien, et qui vous aime quand-même ! Bonne lecture