Le singe de Goeldi

Luc Grandsimon | A l’heure actuelle, il semble difficile de découvrir encore de nouvelles espèces chez les mammifères. Et pourtant, il arrive qu’une nouvelle espèce soit trouvée due aux croisements de deux espèces connues comme le coyloup, croisement du coyote et du loup du nord des Etats-Unis, ou alors à l’exploitation de forêts. Suite à ces croisements, une nouvelle espèce de primate est ainsi répertoriée. La découverte du singe de Goeldi (Callimico goeldi) ne date que du début du XXe siècle. Un singe du Nouveau Monde qui porte un nom suisse, incroyable, non ? La faune de la planète Terre n’a pas fini de nous surprendre.

Un singe unique en son genre
« Cela fait maintenant une vingtaine d’années que les singes de Goeldi sont présents au Zoo de Servion », nous explique le directeur du Zoo, Roland Bulliard. Ce petit singe mesurant de 21 à 23 cm, dont la queue est légèrement plus grande que son corps (25 à 34 cm), possède une drôle d’histoire. « Tout commence en 1904 par l’obtention, au Musée d’Etat brésilien de sciences naturelles et d’ethnologie du port Pará (Belém de nos jours), d’un petit singe d’un noir lustré qui ressemble au tamarin, mais inconnu des zoologues. Le directeur du musée était un zoologue bernois très réputé concernant le monde animal sud-américain du nom de E.A. Goeldi.
L’animal décéda rapidement, empêchant ainsi de pouvoir bien l’étudier. Le directeur envoya le pelage au Musée britannique de Londres; mais, sans le crâne, il était impossible d’en faire une description exacte. Le connaisseur anglais des mammifères, Oldfield Thomas, de ses propres observations (pelage soyeux et ongles griffus) classa le primate dans la famille des callithricidés (ouistitis, tamarins) et lui donna le nom de Goeldi.
Entre 1911 et 1914, d’autres singes de Goeldi arrivèrent au zoo de Pará. La zoologue brésilienne Miranda Ribiero s’aperçut que la dentition et le crâne du singe se rapprochaient plus de la famille des cébidés (Cebidae, la famille des sapajous et des capucins). Miranda Ribiero comprit qu’il était entre ces deux familles et inventa pour lui le nouveau nom de genre Callimico (signifiant «beau petit singe»). A lui seul, il constitue la famille des Callimiconidae.»

Un singe omnivore
«Il vit dans les forêts du sud de la Colombie, de l’Equateur, du Pérou ainsi que dans celles de l’ouest du Brésil et du nord de la Bolivie.
Ce petit primate dont le poids varie entre 355 g pour la femelle et 366 g pour le mâle possède des poils noirs mesurant jusqu’à 2 cm. Comme le tamarin, il possède une crinière autour de son cou. Ses doigts sont allongés et griffus lui permettant d’extraire insectes, araignées, larves afin de les consommer. Il est omnivore et mange aussi bien des lézards, des grenouilles que des champignons et des fruits. Son terrain de chasse se situe souvent à moins de 3 mètres du sol. Il lui arrive aussi de monter haut dans un arbre pour aller manger un fruit ou de descendre sur la terre ferme pour attraper un papillon.

Son principal prédateur est la martre à tête grise.
Il est aussi victime des rapaces, des serpents et des félins comme le jaguar ou l’ocelot. L’homme, bien sûr, fait aussi partie de cette liste puisque tout ce qui est rare l’attire. Il est en annexe I
de l’échelle de l’UICN. Actuellement, il a le statut de «vulnérable» du fait de la déforestation en Amazonie. Le singe de Goeldi peut vivre en captivité jusqu’à 23 ans.
La femelle atteint la maturité sexuelle à 8 mois et demi et le mâle à 16 mois et demi. Elle donnera naissance à un seul petit qui sera sevré au bout
de 65 jours. Le petit est pris en charge par le père au début de la 3e semaine et ne revient vers sa mère que pour la tétée.

Un groupe très productif
«Nous voulions remplacer notre couple d’ocelots par un couple de singes de Goeldi que nous trouvions très joli. Nous sommes allés voir un éleveur du canton de St-Gall, M. Spira, d’Eichberg, spécialisé dans les petits primates. Nous lui avons pris un mâle et la femelle provient de l’institut de primatologie de Zurich, spécialisé dans l’éthologie (science du comportement). C’est une précaution pour permettre une diversité génétique et éviter que les deux singes se révèlent être de la même famille. Nos singes se sont très bien reproduits et constituent à ce jour un des plus grands groupes en captivité. En effet, il semblerait que cet animal ne supporte pas d’être dans une colonie de plus de 5 individus et nous en avons 9 ! Ils font bien sûr partie du programme de conservation des espèces. Nous avons envoyé des petits dans des zoos en France et aux Pays-Bas, mais depuis 3 ans, nous avons dû stopper du fait du risque à long terme de consanguinité. Pour qu’ils arrêtent de se reproduire, nous avions trois possibilités: stériliser les mâles, poser un implant sur les femelles ou les séparer. Nous avons choisi cette dernière option qui était la moins traumatisante pour eux.»