Salaire

Georges Pop  |  Il y a fort à parier que nombre de ceux qui lisent cette modeste chronique attendent anxieusement la fin du mois pour toucher leur salaire ; pour s’acquitter des envahissantes factures qui n’ont pas manqué de s’accumuler depuis la dernière mensualité. Mais sont-ils nombreux à savoir que le mot salaire nous vient de sal, le mot latin pour sel ? Car dans l’antiquité romaine, les soldats romains recevaient régulièrement une ration de sel, le salarium.

Le sel était alors une denrée très précieuse et vitale, la seule qui permettait par exemple de conserver la viande, par salaison. Le salarium a ensuite évolué pour désigner l’indemnité, en nature ou en espèces, destinée à payer les fonctionnaires de l’Empire. Il gardera d’ailleurs ce sens pendant le Moyen-Age et jusqu’à nos jours pour désigner les rétributions ponctuelles puis régulières versées par un employeur. Le salaire des soldats s’est quant à lui progressivement transformé en solde. Car on cessa graduellement de leur offrir une ration de sel pour finir par les rétribuer exclusivement en monnaie sonnante et trébuchante ; autrement dit du solidus, du solide ! Solidus va ainsi nous donner solde, d’où découle précisément le mot soldat, mais aussi le mot sou. Parler de sel est aussi l’occasion de se pencher sur l’expression Crétin des Alpes. Elle nous vient d’un passé encore récent, lorsque les habitants des montagnes n’avaient pas accès au sel de mer. Ils utilisaient seulement du sel de carrière, pauvre en iode. Or, les carences en iode sont à l’origine de goitres et de déficience mentale. C’est la raison pour laquelle, de nos jours, on rajoute artificiellement de l’iode dans le sel de carrière.

Tous les crétins ont-ils disparu pour autant ? Pas sûr…