Le python molure et le serpent des blés

Luc Grandsimon | Nous avons déjà parlé de quelques reptiles du Tropiquarium mais pas encore des serpents que l’on y découvre. A l’honneur cette semaine, deux serpents constrictors: le python molure (Python molurus) et le Pantherophis Guttata appelé communément le «serpent des blés».
Le python molure vit dans les forêts humides du Pakistan, de l’Inde, de Birmanie et du Vietnam. Le serpent des blés, originaire de France, vit principalement aux Etats-Unis.

Ils étouffent leurs proies
Les serpents constricteurs n’empoisonnent pas à l’aide de crochets venimeux. Ils en sont dépourvus. Leur technique de chasse est de rester à l’affût et lorsqu’un animal s’approche, de prendre leur détente en formant un “S” avec leur corps puis de frapper en plein fouet leur proie qu’ils étourdissent. Ils s’enroulent ensuite autour d’elle et l’étouffe, lui broyant aussi les os. Une fois morte, il va commencer à l’avaler lentement. «J’ai un lapin de 7 kg dans le congélateur, je sais qu’il va mettre 45 minutes minimum pour l’avaler» nous raconte Thomas Morel, responsable du vivarium et du secteur des animaux au Tropiquarium de Servion. Un python peut avaler un animal de la taille d’une petite chèvre.
Le python est un chasseur nocturne contrairement au serpent des blés qui lui chasse le jour et la nuit. Les serpents constrictors sont carnivores, ils se nourrissent de petits mammifères et d’oiseaux.
«Les serpents ont une langue bifide, c’est-à-dire qu’elle se sépare en deux à son extrémité. Cette langue leur permet de détecter les odeurs grâce à l’organe de Jacobson. Cet organe décode les informations que lui ramènent les deux extrémités de la langue lorsque celles-ci pénètrent chacune dans les deux cavités de cet organe. Il peut ainsi localiser les sources d’odeurs. Si sa langue n’avait pas deux extrémités comme suite à une mutilation, l’animal pourrait sentir l’odeur mais pas la localiser. Sa langue sort de façon continue de sa bouche lorsqu’il se déplace.» Il y a aussi une spécificité qui ne touche que les pythons. Ceux-ci possèdent des fossettes thermosensibles ou fossettes sensorielles, situées sur la mâchoire supérieure entre l’œil et le nez. Ces fossettes leur permettent de capter la chaleur de leurs futurs repas.

Troisième serpent plus grand au monde
Le python molure se situe, en ce qui concerne la longueur, après le grand anaconda et le python réticulé. Il peut atteindre 4,50 m pour le mâle et 6 m pour la femelle (contre 9,80 m pour le réticulé et 9 m pour l’anaconda). Il pèse entre 67 et 100 kg.
Le serpent des blés peut, lui, atteindre 1,50 m et peser 500 g. «Il est un peu considéré comme l’équivalent du lézard Pogona en termes d’élevage, c’est un serpent très bien pour ceux qui débutent. Il ne mord pas et atteint des tailles raisonnables. Par contre, pour obtenir un python, la personne doit passer un certificat d’aptitudes comme pour les serpents venimeux. Elle aura aussi une visite du vétérinaire afin qu’il observe le terrarium, futur lieu d’habitation du serpent.» Le python molure adore l’eau et peut rester 20 minutes en apnée. Lorsqu’il mue, il va spontanément dans l’eau afin que son ancienne peau en absorbe. Cela créera une couche d’eau entre les deux peaux qui lui permettra de mieux glisser l’ancienne pour faire place à la nouvelle. «Quand la mue se passe très mal chez le serpent, celle-ci en restant accrochée, peut former un garrot qui peut devenir mortel.»

Une pyramide d’œufs
La reproduction des deux serpents est ovipare. Ils pondent des œufs et ceux-ci éclosent hors de la mère. Les pythons pondent entre 25 et 50 œufs pour une durée d’incubation qui varie de 30 à 60 jours. Les œufs sont disposés en pyramide, impossibles à séparer sans que l’édifice ne s’écroule. La femelle couve ses œufs en s’enroulant autour d’eux et va contracter ses muscles afin de chauffer sa couvée. Le python molure a comme principal prédateur l’homme qui le tue pour son cuir et sa chair. Jeune, lorsqu’il ne mesure que 45 cm, il peut être dévoré par des crocodiles ou des rapaces.
Les deux espèces ne sont pas inscrites sur la liste de l’U.I.C.N.

Une multitude de couleurs
«Une des particularités des élevages de serpents est la possibilité de créer de nombreuses “phases”. C’est-à-dire une couleur différente de celle présente dans la nature, dite “sauvage”. Ces opérations sont possibles grâce à des phénomènes génétiques qui touchent les cellules pigmentaires donnant la couleur aux yeux ou à la peau. Nous ne rentrerons pas dans les détails, mais il faut savoir que les protéines liées au fonctionnement des cellules pigmentaires sont codées par des allèles de gènes. Les éleveurs arrivent de mieux en mieux à comprendre ce mécanisme. Par reproduction ciblée, en choisissant le couple en fonction des couleurs qu’ils désirent obtenir, ils ont réussi à dépasser les 3000 phases pour le python royal alors que seuls 5 gènes différents existent pour décoder la protéine. Certaines phases, plus rares, peuvent augmenter énormément le prix du serpent. Pour le serpent des blés, on dénombre pour l’instant plus d’une centaine de phases.