La petite histoire des mots

Masque

Georges Pop | Le nombre de cas d’infection au nouveau coronavirus étant reparti à la hausse, en raison de l’indifférence ou de l’imprudence manifestées par certains, le port obligatoire d’un masque va probablement se généraliser, par endroits, dans l’espace public. Selon le dictionnaire, le mot « masque » définit d’abord un faux visage de carton peint ou de tissu, dont on se couvre la figure pour se déguiser, dissimuler son identité ou, dans le cas qui nous occupe, se protéger. Le mot, en français, a été emprunté, dès la Renaissance, à l’italien « maschera » qui a le même sens et qui est issu du latin tardif « maska ». « Maska » désignait alors la couleur noire et avait aussi le sens de « sorcière », « spectre » ou « démon », les plus anciens déguisements, pour effrayer notamment ses ennemis, consistant à se noircir la figure. Il est intéressant de noter au passage que, chez les latins, le masque de théâtre portait le nom de « persona ». Selon certains étymologistes, c’est de là que viendrait le mot français « personne » qui évoque à la fois un individu et une absence. Cette hypothèse est cependant contestée par d’autres linguistes. Inutile, ici, d’entrer dans cette polémique ! Pour en revenir à « masque » et à son origine « noire », relevons encore qu’en ancien français, le verbe « maschurer » ou « mascurer », apparenté à « maska », voulait dire « noircir » ou « barbouiller ». Son dérivé contemporain « mâchurer », bien que peu usité, veut toujours dire « noircir ». On peut, par exemple, se mâchurer le visage, mâchurer du papier, voire, au figuré, mâchurer une réputation ; en d’autres termes calomnier quelqu’un. De nos jours, le mot « masque » peut aussi, encore au figuré, désigner une apparence trompeuse derrière laquelle on se dissimule de manière hypocrite. Tiens, à propos : le mot « hypocrite » nous vient du grec. A l’origine, dans l’Antiquité, les hypocrites étaient des acteurs qui portaient un masque. Hypocrisie signifiait alors « réponse » ou « réplique », avant de prendre progressivement le sens de « dissimulation ». Outre le faux visage, le substantif « masque » offre, de nos jours, plusieurs sens : en littérature, il évoque l’aspect du visage ou l’empreinte prise sur la figure d’un défunt lorsqu’il s’agit d’un « masque mortuaire » ; en cosmétologie, il définit les produit cosmétiques que l’on s’applique sur la peau du visage pour la nettoyer, puis en stimuler la circulation; et en médecine, outre celui qui protège, le masque est la partie d’un dispositif respiratoire destiné à la bouche et au nez, etc. L’expression « bas les masques ! » date du XVIIe siècle, époque où, au théâtre, le masque exprimait la fourberie. Elle s’utilise à l’endroit d’une personne afin qu’elle révèle sa duplicité. Parmi les masques les plus célèbres, nous retiendrons le « masque de fer », longtemps entouré de mystère. De récentes recherches historiques ont révélé son identité : Louis de Bourbon, comte de Vermandois, fils naturel de Louis XIV, né le 2 octobre 1667. Il fut condamné à un emprisonnement perpétuel, le visage dissimulé derrière un masque, pour avoir, à l’âge de 16 ans, giflé le Dauphin. Quant au masque de Zorro, dans les adaptations télévisées et cinématographiques du célèbre roman de Johnston McCulley, il dissimule si peu le visage du « Renard masqué », que l’on se demande comment le justicier californien, alias Don Diego de la Vega dans la version réalisée par les studios Disney, ne finit jamais par être reconnu. Sans même parler de sa voix, reconnaissable entre toute… Mais qu’importe: la série est toujours aussi plaisante à suivre dans sa version colorisée, plus de soixante ans après la sortie du premier épisode !