La petite histoire des mots

Discipline

Georges Pop | A l’heure du déconfinement progressif, le Conseil fédéral, mais aussi le milieu sanitaire, insistent sur la « discipline collective » de tous ceux qui vivent en Suisse, pour prévenir une nouvelle propagation du coronavirus. Le mot « discipline » a plusieurs sens. Dans le cas qui nous occupe, ce terme désigne bien évidemment l’ensemble des règles communes de conduites imposées à un groupe ou une collectivité. Il caractérise aussi la stricte observance à ces règles et l’aptitude de chacun à s’y soumettre, de préférence de bonne grâce. Il s’agit en l’occurrence de se laver souvent et méthodiquement les mains avec du savon ou de gel hydroalcoolique; d’observer une distanciation sociale de deux mètres; de porter un masque de protection dans certaines circonstances, par exemple dans les transports publics et, naturellement, de rester chez soi en cas de symptômes suspects. En pleine pandémie, l’adjectif « discipliné » qualifie donc toutes celles et ceux qui observent ce protocole de « discipline civique ». Dans ce sens, le substantif discipline peut se lier à des adjectifs tels que « militaire », « ecclésiastique » ou encore « scolaire », lorsqu’il s’agit des règles auxquelles sont astreints les écoliers appelés à revenir sur les bancs de leur école, le 11 mai prochain. « Discipline » nous vient du latin « disciplina ».Il est issu de « discipulus » qui veut dire disciple, élève et désigne toute personne qui apprend un métier, fréquente une école ou suit l’enseignement d’un maître. Rien de bien surprenant lorsque l’on sait que « discipulus » est un dérivé du verbe « discere » qui veut tout simplement dire apprendre. C’est pourquoi, dans son sens premier, « discipline » définit un domaine, une branche, ou une matière particulière de la connaissance humaine, de l’enseignement ou de l’apprentissage. Le latin, le grec, les mathématiques, mais aussi la gymnastique, le judo, etc. sont des « disciplines ». Dans un registre plus… inattendu, le mot « discipline » désigne également une sorte de petit fouet à base de cuir, de chanvre ou de métal servant à s’infliger une punition corporelle par auto-flagellation en expiation de ses pêchés. Chez les chrétiens, cette pratique est en voie de disparition, mais elle est encore pratiquée au sein de la congrégation du Très Saint Rédempteur (en latin Congregatio Sanctissimi Redemptoris) dont les membres sont appelés rédemptoristes. Ils forment une congrégation cléricale de droit pontifical, autrement dit autorisée par le Vatican, pour des raisons historiques. Deux fois par semaine, les rédemptoristes s’infligent une mortification. Après quelques prières, les lumières de leur lieu de culte sont éteintes, chacun se déshabille puis, lorsqu’est entonné le psaume « Miserere mei, Deus », chacun s’administre sa punition. Le tout, paraît-il, dure une bonne dizaine de minutes. Il faut savoir que ce genre de fouet était un symbole de pouvoir et de domination, dans l’Egypte ancienne. Le dieu Osiris, maître de l’agriculture, était toujours représenté en tenant cet objet. Dans le civilisation égyptienne, ce petit fléau était un instrument servant à l’agriculture, notamment au battage du blé, et non à l’auto-flagellation. On notera que jadis, dans les écoles, le martinet, hérité de cet outil, était d’usage pour faire régner la discipline. Par bonheur pour nos gosses, cette pratique a été abolie!