La petite histoire des mots
(S’) emballer

Par Source d’exaspération, voire de colère, les coûts des primes de l’assurance-maladie se sont encore emballés, cette année, avec une hausse moyenne annoncée de 5,0 %, à 412 francs par mois. L’OFSP a beau mettre en cause la multiplication des traitements, les progrès coûteux de la médecine, ainsi que le vieillissement de la population, la pilule n’est est pas moins dure à avaler.
Mais tiens… ! Avez-vous remarqué que les verbes « emballer », qui signifie « mettre dans un emballage » et « s’emballer » qui veut dire « tourner à un régime trop élevé, hors de contrôle », ou encore « s’enthousiasmer à l’excès » sont de parfaits homonymes ? En réalité, et pour être exact, ils ne sont pas « homonymes », mais « polysémiques » : ils partagent exactement la même origine étymologique et historique, mais ont pris des sens différents. Ces deux verbes, ainsi que leurs dérivés sont issus du mot « balle ».
Mais attention ! Rien à voir avec le substantif qui désigne un ballon de foot, de basket ou le projectile d’un fusil. Cette « balle » là nous vient de l’italien « balla », une variante de « palla » qui a donné « palle » (ballon) en italien moderne. En vieux francique, la langue des Francs, peuple germanique qui occupa la Gaule et donna son nom à la France, le mot « balla », attesté en vieux français dès le XIIIe siècle, sous la forme « bale », désignait en fait un « ballot » ou un gros « paquet ».
C’est au XVIe siècle qu’apparaît le verbe « emballer » pour désigner l’action de « mettre en balle », c’est-à-dire envelopper des marchandises de toile ou de paille pour être transportées. C’est ce sens que l’on utilise aujourd’hui encore lorsqu’on emballe un cadeau avec du papier, par exemple pour un anniversaire ou les Fêtes de Noël.
L’évolution du verbe vers la notion de vitesse est bien plus tardive. Elle est issue du vocabulaire des cochers, trois siècles plus tard. Après avoir chargé leur attelage de « balles », l’expression « emballer un cheval » prit le sens de le faire partir au trot ou au galop. Par extension, la forme pronominale « s’emballer » fut utilisée pour parler d’un cheval qui échappe au contrôle de son cocher ou de son cavalier. Une fois que le sens de « perte de contrôle et d’accélération » entra dans le langage courant pour les chevaux, il finit par s’étendre à d’autres domaines, comme les moteurs… ou le prix des marchandises et des services.
C’est également vers la fin du XIXe siècle que la métaphore du cheval fougueux s’appliqua aux êtres humains. « S’emballer »
prit ainsi le sens de se laisse emporter, avec un enthousiasme excessif, pour un projet ou une personne, tout comme le cheval qui s’élance à bride abattue.
Quel est le contraire de « s’emballer » ? Réponse : « se calmer » ou « se maîtriser ». Manifestement, ce n’est pas demain la veille que ces deux verbes pourront s’appliquer aux coûts des primes de l’assurance-maladie… Hélas !


