La petite histoire des mots
Secret

Interrogé la semaine dernière sur son intention de frapper ou non le complexe militaro-industriel britannique, en guise de représailles à l’aide du Royaume-Uni à l’Ukraine, le président russe Vladimir Poutine s’est contenté de répondre que c’était « un secret ». Le mot « secret » désigne une information ou une chose tenue cachée et qui n’est connue que d’une seule personne ou d’un petit nombre de personnes.
Emprunté à l’adjectif latin « secretus » qui veut notamment dire « caché », lui-même issu du participe passé du verbe « secenere » qui signifie « mettre à part » ou « séparer », le mot « secret » a fait son apparition dans notre langue, comme substantif et adjectif, au XIIe siècle sous diverses formes comme « secroie », « secrez », « segrez » ou encore « segret ». Il s’est progressivement et définitivement stabilisé dans la forme que nous lui connaissons deux siècles plus tard.
Au Moyen Âge, ce mot n’a pas eu immédiatement le sens d’une information volontairement cachée ou d’une confidence délibérément dissimulée par un petit nombre. Il a d’abord désigné un lieu retiré, ainsi qu’une chose ou un domaine « personnel » ou « privé ». Dire qu’une chose était « secrète » voulait simplement dire qu’elle ne concernait qu’une personne ou un groupe restreint d’individus, par opposition à tout ce qui était public.
Il est aussi intéressant de noter qu’en français classique et en vieux français, la locution « les secrets » désignait par euphémisme les organes génitaux, tant masculins que féminins, appelés aussi « parties honteuses ». Au Moyen Âge, mais aussi à la Renaissance, on trouve des ouvrages de médecine ou de gynécologie appelés « Le Secret des femmes » ou encore « Les Secrets de la nature ».
L’expression « jardin secret » nous vient elle aussi de la Renaissance. En Italie, le « jardin secret » (giardino segreto) désignait le parc privé d’un château ou d’une demeure, dissimulé aux regards indiscrets. Au XIXe et au XXe siècle, des écrivains, comme George Sand et Marcel Prévost, se sont emparés de cette image physique pour en faire une métaphore désignant les pensées et les sentiments intimes que l’on garde pour soi.
Le mot « secrétaire » nous vient lui aussi du latin « secretus ». Chez les Romains, le « secretarius » était un confident ou un conseiller personnel. Ce terme est attesté en français dès le XIVe siècle pour désigner un confident puis un employé de confiance chargé de rédiger des lettres et des actes officiels. Par extension, deux siècles plus tard, le mot désigna aussi un petit meuble muni de tiroirs et de casiers secrets pour ranger des papiers personnels.
Le journaliste, écrivain et humoriste français André Guillois a écrit : « Autrefois, on emmenait sa secrétaire en voyage en la faisant passer pour sa femme ; aujourd’hui, avec le régime des notes de frais, on emmène sa femme en la faisant passer pour sa secrétaire. »


