La petite histoire des mots
Peloton

Quel est l’automobiliste qui, perdant son sang-froid, n’a jamais pesté à la belle saison en se voyant coincé derrière un groupe ou un « peloton » de cyclistes en goguette, parfois indifférents aux voitures qui les suivent et qui hésitent à les dépasser. Il ne nous appartient pas ici de rappeler aux uns et aux autres les contraintes du Code de la route, mais bien de nous pencher sur l’étymologie du curieux substantif « peloton » qui, dans les courses sur route, par exemple, désigne le groupe principal des coureurs.
Attesté dans notre langue dès le XVe le mot « peloton » est un dérivé du mot « pelote », apparu en vieux français trois siècles plus tôt pour désigner un objet sphérique, une petite boule ou même une balle, comme celle utilisée dans la « pelote basque ». Il tire son origine du latin classique « pila », qui avait le même sens, et de son diminutif plus tardif « pilotta ». Au fil du temps, ce terme s’est métaphoriquement étendu à d’autres objets du quotidien comme, par exemple, les boules de laine ou le coussinet où l’on pique les épingles.
C’est au début du XVIIe siècle que le langage militaire s’est emparé du mot « peloton » pour définir un détachement de soldats formant, non pas une « boule », mais une unité compacte sur le terrain. C’est ainsi qu’est notamment née l’expression « peloton d’exécution » pour désigner le détachement militaire rassemblé pour fusiller un condamné. La formation de ce groupe avait été pensée pour « diluer » le sentiment de culpabilité. En tirant de concert sur leur cible, les soldats se sentaient moins responsables d’avoir donné la mort. Historiquement, une des armes du groupe était d’ailleurs souvent chargée à blanc.
A la fin du XIXe siècle, le mot « peloton » passa du vocabulaire militaire au lexique sportif, en désignant d’abord un groupe de cavaliers, puis l’ensemble compact des coureurs d’une épreuve. Avec l’essor du cyclisme et la popularité grandissante de la « Petite Reine », ce terme fut très vite adopté pour décrire le groupe majoritaire et compact des coureurs roulant ensemble, notamment en 1903, lors du premier Tour de France cycliste.
A cette époque, l’apparition de certaines unités de soldats à vélo, comme celles utilisant dans l’armée française la célèbre bicyclette pliante Gérard, du nom de l’officier qui l’inventa, ou les fameuses troupes cyclistes suisses, a sans doute renforcé l’association entre les déplacements militaires et les courses sportives.
Pour la petite histoire, On doit le surnom de « Petite Reine », donné au vélo, à la reine Wilhelmine des Pays-Bas. Montée sur le trône en 1890, elle avait l’habitude de se déplacer à vélo dans son pays et lors de ses séjours officiels. Lors de l’une de ses visites à Paris, en 1898, la presse française s’est emballée pour cette jeune souveraine anticonformiste, multipliant les articles sur cette « petite reine à bicyclette ». L’expression est progressivement passée de la souveraine à sa monture.
A son retour de France, le gouvernement des Pays-Bas a formellement interdit à sa reine de faire du vélo en public, craignant pour son image et sa sécurité. Cette interdiction ayant été levée, Wilhelmine a finalement pu remonter sur un vélo en public en 1933. Elle a continué à pédaler régulièrement jusqu’à son abdication en 1948, au profit de sa fille Juliana, elle aussi grande fan de vélo, qui fut surnommée « la monarque à bicyclette ».



