Protection des eaux
Le canton se dote d’une feuille de route pour l’eau
Le Conseil d’Etat a adopté le 24 juin dernier le Plan sectoriel de protection des eaux (PSEaux-P). Vingt-trois mesures sont prévues d’ici 2035 pour limiter les rejets polluants d’origine agricole, industrielle et urbaine, et pour renforcer la surveillance de la qualité des lacs, rivières et nappes phréatiques vaudois.

Le constat de départ n’a rien de spectaculaire, mais il pèse lourd. Entre 2018 et 2022, près de 60’000 analyses ont été effectuées sur l’ensemble du canton. Au chapitre des métaux lourds, plus de 6000 prélèvements réalisés dans 63 sites, le cuivre dépasse les limites légales dans 45 % des cas, le zinc dans 17 %. Côté nutriments, 57 % des stations affichent encore des taux de phosphore préoccupants, source d’eutrophisation, accumulation de débris provoquant une pollution par désoxygénation des cours d’eau. La hausse des températures n’arrange rien. Certaines rivières du Plateau, comme la Broye, le Nozon et le Talent, pourraient dépasser les 25°C presque chaque été d’ici 2050, un seuil fatal pour la truite de rivière.
Pour le district, le communiqué du 7 juillet glisse un constat que ne renieront pas les promeneurs en Lavaux : la topographie ne joue pas en faveur de nos ruisseaux. Puisque ces derniers s’écoulent dans de nombreux dévaloirs et coulisses, rendant leur qualité biologique difficilement améliorable même avec des mesures d’assainissement.
Sur le papier, la méthode se veut cohérente : diagnostic d’abord, priorités ensuite. Ainsi, deux niveaux de « régions hydrographiques prioritaires » ont été définis : Nyon-Rolle, Morges, la Basse Venoge et l’Arnon en priorité 1, Lausanne, le Talent, la Broye et l’Aubonne en priorité 2. Aucune commune du district n’y figure en tête de liste, signe que la situation locale n’est pas la plus dégradée du canton.
Mesures concrètes, portée limitée
Le communiqué du Conseil d’Etat promet un texte destiné à « prévenir les pollutions, améliorer la qualité des eaux et accompagner les communes ». L’intention est louable, mais le PSEaux-P reste un cadre de référence sans portée contraignante : « Son application dépendra des lois existantes et de la mobilisation des communes, dont beaucoup doivent actualiser leur plan général d’évacuation des eaux (PGEE) ces prochaines années ». Concrètement, les mesures vont de la modernisation des stations d’épuration contre les micropolluants au raccordement de petites STEP à des structures régionales plus performantes, en passant par la renaturation des cours d’eau. A savoir que 39 des 450 kilomètres identifiés comme dégradés ont été renaturés depuis 2010.
De quoi relativiser, aussi, un brin de pessimisme : la qualité biologique des rivières vaudoises s’est améliorée depuis les années 2000. Entre 1990 et 1993, seules 11 % des stations cantonales respectaient les exigences légales ; lors de la dernière campagne (2018-2022), c’était le cas de 55 % d’entre elles.
Cyanobactéries, la vigilance reste de mise
Le sujet n’est pas traité dans le PSEaux-P, alors qu’il concerne directement les points d’eau du district. Le 21 mai dernier, le canton a réitéré son appel à la prudence, rappelant que les proliférations touchent surtout les lacs de petite taille, qui chauffent plus vite que le Léman, à l’image du lac de Bret. Pour l’heure, aucun épisode marquant n’y a été rapporté cette saison. Les autorités recommandent d’éviter la baignade en cas d’eau trouble,
colorée ou de dépôts spongieux, et surtout de tenir chiens et jeunes enfants à l’écart. Si les intoxications restent rares chez l’humain, elles peuvent être mortelles pour les animaux.



